DIEU FAIT CONFIANCE A L'HOMME

Tb 12, 6-21 ; Lc 6, 12-19

(12 septembre 2008)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

F

rères et sœurs, vous le savez comme moi, il vaut mieux s'adresser au Bon Dieu qu'à ses saints. Il vaut mieux viser tout de suite très haut et très fort, plutôt que de s'adresser à des sous-fifres qui n'ont pas toute la puissance, la responsabilité et l'intelligence du grand chef.

C'est ce qui pourrait ressortir à la première écoute de cet évangile, de ce Jésus, qui dans la deuxième partie reçoit avec ses disciples un accueil triomphal de la part des populations, car enfin, quand il y a ce lien et cette communication directe entre Jésus le Fils de Dieu et ces malades, il y a guérison immédiate.

Nous allons laisser Jésus sous les feux de la rampe et des médias, et nous allons méditer sur la première partie de l'évangile, de ce Jésus sans aucun doute plus discret dans la nuit, le Fils de Dieu qui prie son Père, qui se tourne vers lui avant de prendre une décision, de choisir quelques hommes. C'est une figure extrêmement attachante que celle qui nous est présentée par l'évangile. Le tout-puissant n'est pas d'abord quelqu'un qui veut être pris en photo pour les magazines, il est avant tout le Fils, qui aime s'adresser dans le secret à son Père, c'est la prière, la gratuité, c'est ce moment extraordinaire de rencontre d'un enfant et de son père. C'est ce à quoi nous sommes conviés, chacun et chacune à travers le secret de notre prière.

Ce que j'aime aussi beaucoup dans ce Jésus, c'est le Fils de Dieu en tant qu'il a confiance en l'homme;à tel point qu'il va déléguer en choisissant quelques hommes dont déjà comme à l'avance, quand la liste nous est donnée, nous savons quel est celui qui va le trahir. Nous pensons très souvent, nous avons du mal ave notre foi, car nous l'envisageons trop souvent dans le sens moi et Dieu, le doute, la peur, est-ce que j'ai raison, est-ce que je n'ai pas raison ? C'est tout à fait normal, nous sommes tous à certains moments traversés par ce doute qui peut nous tarauder. Peut-être que certains d'entre nous, nous avons l'impression d'être toujours dans cette nuit obscure. Ce que je trouve très beau dans ce texte, c'est qu'il nous est rappelé que même si nous doutons, même si nous avons peur, ce qui fait partie de toute condition humaine, ce qui m'émeut dans ce récit, c'est que Dieu, le Fils de l'Homme a confiance dans ses disciples alors qu'ils sont loin d'être parfaits, et qu'un autre évangéliste, saint Marc aura beau jeu régulièrement de rappeler les inaptitudes des disciples qui sont vraiment les derniers de la classe.

Pour Dieu, cela n'a aucune espèce d'importance. Et moi, en écoutant cet évangile, je trouve cela très beau. Dieu avait toutes les cartes en main pour tout faire par lui-même comme pourrait nous laisser imaginer la fin de cet évangile, une relation directe entre Dieu et les hommes, on est sûr que cela fonctionne, car on le sait très bien, quand on veut que les choses soient bien faites, il vaut mieux le faire soi-même. Or, ce qui est extraordinaire, Dieu ne veut pas vivre au milieu de nous comme ça. Dieu a tellement confiance en nous qu'il choisit d'abord des compagnons de route, des apôtres, des hommes qui vont être envoyés, appelés à être envoyés auprès des autres. A travers ce terme d'apôtres, il nous a rappelés que Dieu nous fait tellement confiance qu'il accepte de déléguer. Il n'y a que les grands chefs qui sont véritablement capables de déléguer. C'est vrai que la délégation, c'est prendre un risque. Dieu en nous donnant cette immense confiance, en nous délégant à travers la grâce baptismale, nous sommes tous prophètes, prêtres et rois, Dieu nous confie à la fois sa grâce et en même temps quelque chose de lui-même. Il a confiance en nous, et même s'il peut y avoir des ratés, ce n'est pas grave. Tout ce que l'homme vit, est comme repris et transformé dans le cœur de Dieu et dans l'économie de Dieu. J'en reviens à cet exemple : il nous est donné la liste des apôtres, et dans cette liste le fameux Judas, Là aussi Dieu a fait confiance à Judas, il est sur la liste, il est apôtre. Il a trahi et en même temps, il a été repris dans le plan de Dieu, c'est la semaine sainte, c'est la Passion, et c'est le Christ qui meurt et qui ressuscite.

Frères et sœurs, que cette première partie de cet évangile, le Christ qui dans la nuit, gratuitement vient s'adresser à son Père, vient le prier, que ce Christ qui a tellement confiance dans l'homme qu'il vient en appeler à le suivre, que ce Christ nous touche au plus profond de notre vie chrétienne, et que nous ressortions de cette église le cœur plus léger. Dieu n'est pas un accusateur, Dieu ne veut pas se substituer à notre liberté, Dieu a tellement confiance en nous qu'il nous a donné d'abord son propre Fils, et qu'à travers la grâce de notre baptême, et à travers l'appel de notre propre nom, Dieu nous appelle à être chacun et chacune selon ce que nous sommes, ni plus ni moins, les apôtres de sa grâce, de sa miséricorde et de sa bonne nouvelle.

 

AMEN