DIEU VIENT !
Ga 5, 1-6 ; Lc 17, 20-37
(25 octobre 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et soeurs, il faut convenir que la liturgie de la parole est très ébouriffante, très difficile, il y a à la fois cet extrait de la lettre aux Galates, toujours délicate et compliquée. Certains y puiseront assez facilement pour eux ce qu'il faut pour un antisémitisme latent, dans une opposition totale entre la Loi et la grâce, la Loi et la liberté. Encore faut-il remettre dans son contexte cette lettre aux Galates mais il serait assez facile de se débarrasser de la Loi pour dire qu'il suffit de vivre dans la liberté des enfants de Dieu quand cela nous arrange. La vie chrétienne consiste-t-elle à se contenter de vivre dans une vie des enfants de Dieu ? liberté totale, ou la caricature serait ce que le Christ dit des contemporains de Noé et de Lot, puisqu'il n'y a plus de Loi, que Jésus nous aime et qu'à la fin il va bien se laisser attendrir malgré tous nos péchés, buvons, mangeons, amusons-nous, prenons femme et mari, et adviendra ce qu'il adviendra !
L'autre caricature de la Loi serait de dire que la Loi est cet outil qui me permet de me donner des repères pour éviter de tomber dans le péché ou pour éviter de mourir. Je ne sais pas si vous avez remarqué dans ce texte eschatologique que le Christ a donné dans cet évangile, en fait, il n'y a plus de repères chronologiques. Le jour où vous désirez que le Fils de l'Homme vienne, ce jour ne viendra pas, donc pour nous, pas moyen d'avoir un repère chronologique temporel pour essayer de saisir comme à l'avance le jour où le Christ reviendra, ce n'est pas comme un agenda où l'on sait à l'avance le temps des vacances scolaires, cela ne marche pas. Pas de repères géographiques, on vous dit : le Christ est là-bas, le dernier est là-bas, allez-y … mais ce n'est pas là-bas que cela se passe ! Donc, on ne peut pas dire qu'il y a un lieu géographique où nous aurions tous à nous précipiter en espérant que c'est le lieu où nous serons protégés. Et puis, pas de critère de possession de saisie, et c'est cette image éblouissante de cet éclair dont on arrive à peine à saisir le point d'origine et qui semble frapper un autre pont, Nous savons très bien que nous ne pourrons jamais saisir un éclair.
Frères et sœurs, nous sommes assez handicapés parce que nous ne pouvons pas savoir où le Christ reviendra, nous ne pouvons pas savoir quand le Christ reviendra, et nous n'avons rien à nous mettre sous la dent pour essayer de saisir le Christ. Cette présence insaisissable de Dieu qui se laisse quelquefois entrevoir fugacement mais qui ne se laisse jamais attraper par nos propres moyens humains.
On peut méditer sur le dernier verset que nous avons entendu dans l'évangile, un verset assez énigmatique, bizarre. Lorsque les pharisiens, alors que Jésus a fait ces constatations assez terribles : ce n'est pas parce que vous avez suivi la Loi que vous serez sauvés, une femme sera prise l'autre non, un homme aux champs sera pris, l'autre non, il n'y a absolument aucun critère moral là-dedans. Les pharisiens assez surpris disent à Jésus : "Où Seigneur?" Jésus leur répond : "Où sera le corps, là seront les vautours".
Ce petit passage peut faire référence au moment où Dieu va venir sceller son Alliance avec Abraham qui a préparé des animaux et en attendant que le Seigneur vienne, Abraham agite des branchages comme un épouvantail dans le champ de cerisiers, pour éloigner les rapaces qui veulent se saisir de cette part qui est pour le Seigneur, jusqu'au moment où Dieu va venir traverser les animaux partagés pour sceller son Alliance dans le feu.
Il faut y voir aussi tout simplement une description très naturelle du vautour. Cet animal ne regarde pas si son bifteck se trouve à tel ou tel endroit, mais avec son œil exercé il trouve le lieu, là, maintenant, et pas hier ni demain, où se trouve la charogne pour venir s'y repaître. L'oiseau de proie ne fonctionne pas par rapport à des critères, à des repères chronologiques, géographiques, moraux, ce qui l'intéresse c'est de trouver une cible, de s'y précipiter et de s'en nourrir.
D'une certaine manière le Christ nous invite là à méditer et il nous dit qu'à la place d'essayer de savoir comment la venue de Dieu va se faire plus tard, et entre nous, nous tous nous pensons toujours que le Royaume de Dieu c'est sur une ligne qui se fera dans le futur, or, le Christ nous invite à être comme des oiseaux de proie. C'est-à-dire de découvrir que l'avènement su Royaume de Dieu ne se fait pas demain sur des critères que nous avons à essayer d'évaluer un peu comme les scientifiques pour prévoir qu'à tel endroit il va neiger et à tel autre qu'il va y avoir un tsunami ? Ce n'est pas une affaire de prévision, c'est une affaire d'instinct, de l'œil de notre cœur, pour saisir là, maintenant, la venue de Dieu. Quand Dieu vient dans notre vie, et qu'on ne l'a pas repéré, c'est fini ! il faudra attendre une autre fois.
Frères et sœurs, je vous laisse sur ce passage que j'affectionne toujours particulièrement, c'est le patriarche Jacob qui au lendemain matin de cette vision qu'il a eu, Jacob qui dit : ah ! Dieu était là et je ne le savais pas !
Que ces textes eschatologiques soient pour nous l'occasion non pas d'avoir peur du futur, mais plutôt d'aiguiser notre regard pour que nous puissions au cœur de nos vies saisir le moment où le Christ vient se faire chair dans notre communauté chrétienne, dans nos familles.
AMEN