SE REGARDER AVANT DE JUGER LES AUTRES
Ct 5, 9-16 ; Lc 6, 39-45
(3 octobre 2007)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, trois petites paraboles dans cette page d'évangile relatives à la révélation de notre cœur. La plus simple est la troisième : il n'y a pas de bon arbre qui produise un fruit gâté, et réciproquement, pas de mauvais arbre qui produise de bons fruits. Chaque arbre se reconnaît à son fruit. C'est donc nos actes qui manifestent ce que contient notre cœur, il ne sert à rien de dire : j'aime, je veux le bien, ce qui compte, c'est la manière dont nous réalisons ce que porte en lui notre cœur. Ceci est relativement simple.
Autre parabole très célèbre celle-là, celle de la paille et de la poutre. Il faut prendre conscience du péché qui est dans notre cœur, de cette poutre qui obscurcit la vision de notre œil avant de prétendre aider nos frères à se délivrer de ce qui n'est qu'une petite paille dans le coin de leur œil. Autrement dit, avant de regarder les défauts des autres, commencer par prendre conscience des nôtres, de l'ampleur de notre péché, qui souvent dépasse celui que nous pourrions reprocher à d'autres. Il y a donc à mesurer notre pauvreté avant de regarder dans la vie des autres pour porter un jugement.
Troisième parabole, si nous ne voyons pas clair, ne nous mêlons pas de guider les autres sur leur chemin. Si nous ne voyons pas clair et que nous prenons par la main un de nos frères, nous allons tomber dans un trou et nous l'entraînerons avec nous. C'est dire que notre péché est contagieux et que si malgré notre faute, nous nous occupons des autres, nous risquons de leur faire du mal plutôt que du bien, en tout cas, nous ne pouvons pas avoir la prétention de corriger leurs défauts quand les nôtres envahissent le terrain. Cette dernière parabole est semblable à la seconde, il s'agit de reconnaître notre faute avant de porter un jugement sur les autres. La troisième parabole nous révèle la manière de reconnaître notre faute, c'est de considérer les fruits que nous portons et ils sont révélateurs du fond de notre cœur.
Au fond, tout ce qui est important dans ces trois paraboles c'est de savoir descendre à l'intérieur de nous-mêmes, de ne pas nous contenter d'intentions superficielles, ne pas simplifier notre jugement sur les autres, avant de nous regarder dans notre propre cœur, savoir évaluer précisément ce qu'il y a en nous d'imparfait, de peccamineux, commencer par regarder en nous pour y discerner ce qui n'est pas juste, ce qui n'est pas bon, ce qui obscurcit notre vue. Nous passons souvent notre temps à juger les autres, mais nous ne savons pas suffisamment regarder à l'intérieur de nous-mêmes, et c'est ce regard posé sur nous qui doit être premier avant tout autre considération et tout autre jugement.
Que le Seigneur nous aide à y voir clair dans notre cœur. Souvent on imagine que si l'on n'a pas voulu faire du mal, il n'y a pas de péché, et certes, le péché suppose une volonté mauvaise. Mais si nous avons pris de mauvaises habitudes en laissant notre cœur en friche, si nous ne l'avons pas réorienté vers Dieu, il arrive souvent que le cœur spontanément prenne une mauvaise direction sans que nous ayons calculé et voulu expressément ce mal. Ce serait trop commode de dire que nous sommes innocents, sous prétexte que nous ne l'avons pas fait exprès, il faut faire exprès de ne pas faire !
Il y a une manière de traiter les péchés d'omission qui est fort grave, car à force d'omettre le bien, à force d'omettre d'aimer, on finit par être étranger au Royaume de Dieu.
Frères et sœurs, sachons regarder dans notre cœur, ne pas nous contenter d'approximation, ne pas avoir d'indulgence coupable à notre propre égard, sachons considérer l'existence même des choses apparemment secondaires que nos laissons constamment consteller notre vie et notre action, le péché que nous ne reconnaissons peut-être pas mais qui sont bien réels.
AMEN