LE VRAI SACRIFICE, C'EST LE CŒUR BRISÉ

Ap 11, 1-12 ; Lc 19, 41-48

(16 novembre 2006)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

J

ésus qui pleure face à Jérusalem, Jésus saisi par une sainte colère en train de chasser les vendeurs du temple, ce sont des aspects du caractère humain que nous n'aurions pas nécessairement vu de la part du Fils de Dieu qui devrait normalement se maîtriser, se contrôler. Et pourtant, Jésus à travers ses expressions les plus humaines laisse en même temps surgir le cœur même de Dieu. Je trouve toujours très beau que Dieu lui-même prend en restant Dieu, les caractéristiques de l'homme pour dire à l'homme tout ce qui et de l'ordre du caractère de Dieu.

Jésus en train de regarder le temple, Jésus dans le temple, vous savez peut-être que dans l'évangile selon saint Luc, le temple est un lieu extrêmement important. Il est présent tout au début de l'évangile au moment du sacrifice de Zacharie, le futur père de Jean-Baptiste. Il est aussi présent tout à la fin de l'évangile quand après que Jésus ressuscité eût béni les apôtres et qu'il se soit envolé dans le ciel, les apôtres se mettent à redescendre vers Jérusalem pour aller au temple et y louer Dieu. Le temple est présent au moment où Jésus meurt sur la croix, quand saint Luc rapporte que le voile du temple se déchire.

Le temple est le lieu par excellence pour le juif, le lieu où il est invité à venir pour rencontrer Dieu. Rencontrer Dieu dans le temple et dans Jérusalem à travers un sacrifice offert à Dieu, un animal et aussi à travers c qu'on appelle les pèlerinages, les grandes fêtes juives au cours desquelles le peuple d'Israël se souvent, fait mémoire de l'action bénéfique de l'action de Dieu, de l'action salutaire de Dieu, lui qui est venu régulièrement au cours des temps sauver son peuple Israël. Alors, pourquoi ces pleurs de Jésus sur cette ville sainte ? Pourquoi cette sainte colère de Jésus vis-à-vis du temple ? Je crois pour ce qui est du temple, et c'est une interprétation plutôt personnelle, je pense que les paroles dites par Jésus : "Ma maison sera une maison de prière, vous en avez fait un repaire de brigands", ce sont des paroles qui ne s'adressent pas tant aux vendeurs de pigeons qu'aux acheteurs. Effectivement, qu'est-ce que c'est qu'un brigand ? Ce n'est pas quelqu'un qui vend des animaux à des gens pour que ces gens puissent les acheter, il n'y a rien de plus légal et de plus normal là-dedans. Il n'y a pas de vol dans ce cas-là. Non, ce ne sont pas les vendeurs qui sont des brigands, mais ce sont ceux qui achètent ces animaux. Pourquoi ? Parce qu'un brigand ça vole, ça prend pour lui des choses qui ne lui appartiennent pas. Ce que dénonce Jésus à cet endroit, c'est le fait de celui qui achète un animal pour le sacrifier et le donner à Dieu, que fait-il ? Il vole une vie qui ne lui appartient pas. Il vole, soit, mais cette vie, c'est quand même pour Dieu, mais Jésus dans cet acte posé vis-à-vis des marchands du temple ne fait que s'inscrire dans la longue lignée de ces prophètes qui critiquent dès l'origine, les sacrifices, toutes sortes de sacrifices. Dieu ne nous demande pas de voler la vie d'un animal pour essayer tant bien que mal de nous rabibocher avec lui. En fait, le seul et vrai sacrifice que Dieu veut, c'est notre sacrifice. Ce n'est pas que nous substituions notre vie en volant la vie de quelqu'un d'autre, d'un animal, mais c'est que nous sacrifions notre vie. Je crois que ce passage est extrêmement intéressant, le temple étant un lieu important dans l'évangile selon saint Luc. Il ne faut pas oublier que tous les chapitres que nous lisons depuis que Jésus est arrivé à Jérusalem, donc, au milieu du chapitre dix-neuvième, chapitres vingt, vingt et un, Jésus enseigne dans le temple. Tout ce que nous allons entendre dans les jours qui suivent, est prononcé dans le temple. C'est fondamental. En fait, le plus grand sacrifice que Dieu nous demande, c'est d'écouter sa parole, et en écoutant sa parole, que nous ayons le cœur brisé et que ce cœur brisé et ouvert soit la possibilité enfin pour Dieu de venir et d'être accueilli dans ce cœur à l'inverse du fait qu'Il n'a pas été accueilli dans Jérusalem. Jérusalem n'a pas su briser son cœur à l'écoute de la parole de Dieu.

Pour le dire d'une manière plus historique, du côté de l'histoire des religions, on voit là se substituer le sacrifice sanglant des animaux qui laisse place au vrai sacrifice qui est le sacrifice fondé sur la parole que nous avons à écouter. Les Pères de l'Église ne s'y tromperont pas quand ils parleront du "nouvel autel". Face à la critique des païens, les Pères de l'Église diront : quel est le nouvel autel ? Le nouvel autel, c'est le cœur du chrétien, brisé, ouvert, afin qu'il puisse accueillir Dieu.

Frères et sœurs, que nous puissions à chaque fois que nous sommes invités à écouter la parole de Dieu, que ce soit au cœur même du sacrifice au cours duquel c'est Dieu lui-même qui vient s'offrir en victime, ce n'est pas nous qui apportons une victime, que ce soit au cœur de la liturgie ou que ce soit dans l'intimité de nos maisons et de nos chambres, où nous lions cette parole de Dieu, que cette parole soit pour nous l'occasion de nous offrir entièrement en sacrifice au Dieu qui vient.

 

AMEN