OU ? QUAND ?
Ap 3, 14-22 ; Lc 17, 20-37
(6 novembre 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, l'évangile en général et celui d'aujourd'hui en particulier, l'évangile n'en est pas à une contradiction près, il est à la fois limpide et déconcertant. Limpide, parce qu'en entendant cet évangile vous avez vu défiler dans votre tête toute une série d'images extrêmement claires et précises, un éclair qui surgit d'un point de la terre, qui traverse la terre et le ciel et qui vient se fracasser à l'autre extrémité. Une société extrêmement affairée, on prend femme, on se marie, on travaille, on plante, on vend, on achète, une société aussi affairée que la nôtre actuellement, où les gens n'arrêtent pas de courir à droite, à gauche. Et puis ces images fortes de quelqu'un qui n'a même pas le temps de remonter sur le toit de sa maison pour chercher ses vêtements, celui qui est aux champs qui n'a pas le temps de revenir en arrière, ces deux femmes qui dorment, l'une est prise, l'autre laissée, ces deux femmes qui travaillent, l'une est prise l'autre laissée. Un texte lumineux et en même temps déconcertant parce qu'il ne faut pas oublier quelle était la question au départ : "Quand, Seigneur?" Et la réponse est déconcertante : "Quand ? à chaque instant". N'importe quel moment peut être ce moment. C'est la première question, et n'ayant pas la réponse voulue, parce que l'homme est ainsi fait qu'il veut prévoir, nous regardons tous la météo le soir à la télé et le matin, nous écoutons la radio, sur le Web, nous avons tous maintenant de plus en plus ce petit appareil qui permet de savoir quelle est la température à l'intérieur, à l'extérieur, s'il y a des nuages, s'il va pleuvoir, etc… Nous sommes du côté du prévisionnel et quand le Christ ne répond pas à notre attente, les apôtres posent une deuxième question ; tu ne nous dis pas quand, alors au moins, dis-nous, où ? C'est aussi difficile, c'est ce fameux verset sur lequel je vais m'arrêter quelques minutes : "Où, Seigneur ? Et Jésus leur dit, où sera le corps, là aussi les vautours se rassembleront". Qu'est-ce que cela veut dire : là où sera le corps, là aussi les vautours se rassembleront ? Ce passage n'est pas limpide, mais résonne plus dans mon cœur. Pour moi, ce passage fait référence à un moment dans la Genèse, au chapitre quinzième, où il est fait état de l'Alliance entre Dieu et Abraham. J'aurais voulu reprendre cette Alliance avec vous, de manière très rapide.
Que se passe-t-il ? Dieu fait Alliance avec Abraham, Il lui dit : "Je vais te susciter une postérité". Voilà enfin une annonce plutôt agréable et intéressante. L'instant d'après, cette Alliance doit se concrétiser à travers un geste précis qui est celui d'offrir des animaux, offrir un sacrifice et de couper ces animaux en deux, c'est pour cela qu'en hébreu on dit : couper l'Alliance. Faire Alliance, c'est couper, c'est-à-dire, couper des animaux, une part pour Dieu et une autre part pour Dieu, et les deux partis doivent ensuite marcher et traverser entre les morceaux d'animaux coupés. L'Alliance se fait attendre et ce pauvre Abraham est obligé de veiller auprès des cadavres pour chasser les vautours et les animaux qui veulent venir se précipiter sur le sacrifice qu'Abraham veut offrir à Dieu. Suit un moment d'effroi dans lequel Abraham découvre que l'Alliance comporte non seulement une annonce de bonheur, c'est-à-dire l'annonce d'un fils, mais aussi une annonce de malheur, c'est-à-dire que les fils et les filles qui seront engendrés de ce fils tant espéré vivront dans le malheur, dans l'exil, dans le doute dans la souffrance. Enfin, Dieu comme un brandon enflammé, un peu comme cet éclair qui traverse la terre de part en part, le Seigneur seul traverse les animaux sacrifiés.
Quand les pharisiens posent la question à Jésus : "Quand ?" la réponse est difficile à entendre. Et à la question "où ?" j'ai presque envie de dire que c'est plus simple. Où ? c'est-à-dire au cœur du sacrifice. Où ? C'est-à-dire au cœur de cette Alliance instituée entre Dieu et l'homme. A la question "où"? Jésus ne donne pas l'endroit, mais plutôt "comment". Comment Dieu va venir ? Il va venir à partir du moment où l'homme permet que cette Alliance reste ouverte avec cette possibilité d'accueil. La seule chose que Dieu demande à Abraham, ce n'est pas de traverser l'Alliance, c'est-à-dire d'être responsable de l'Alliance, il n'y a que Dieu qui est responsable de cette Alliance, mais ce que Dieu demande à l'homme, c'est au minimum de chasser les vautours. C'est au minimum de faire en sorte qu'à un moment donné, Dieu puisse venir traverser l'Alliance. Ce qu'Il nous demande, pour le dire avec les paroles des prophètes et les paroles de Jésus, ce qu'il demande, c'est le sacrifice de l'homme, qui n'est plus tellement à ce moment-là des animaux coupés en deux, mais qui est le cœur miséricordieux de l'homme, comme ouvert pour la venue de Dieu.
Frères et sœurs, que ce texte un peu énigmatique soit pour nous l'occasion de nous rappeler que la venue de Dieu, nous ne savons pas quand, nous ne savons pas où, mais nous avons à préparer sa venue en ouvrant notre cœur et en faisant en sorte de chasser tout le mal, tout ce qui pourrait venir justement prendre la place de Dieu dans notre cœur, pour qu'un jour, nous puissions être ce lieu, cette habitation dans laquelle Dieu viendra.
AMEN