LE DÉVOILEMENT DE LA GLOIRE DE DIEU

Ex 34, 28-35 ; Lc 12, 1-12

(9 octobre 2006)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, il se trouve que le texte de l'évangile comme celui de l'Exode nous parle de voilement et dévoilement. Revenons à l'Exode. Moïse parce qu'il a parlé face à face avec Dieu sur la montagne pendant quarante jours et quarante nuits, parce que la Parole de Dieu est entrée dans son cœur pour qu'il la communique aux enfants d'Israël, quand il redescend de la montagne Moïse a le visage qui rayonne de lumière. Cette lumière qui est celle de la présence de Dieu par sa parole, sa révélation, cette lumière fait peur. Aaron et les israélites voyant le rayonnement du visage de Moïse s'écartent de lui. Il faut qu'il les appelle pour qu'ils reçoivent le message que Dieu lui a confié. Moïse va mettre un voile sur son visage pour que ce rayonnement n'effraie pas les enfants d'Israël.

Nous sommes encore dans l'appréhension primitive qui est aussi celle de l'Ancien Testament, d'un Dieu terrible, dont on ne peut pas s'approcher, un Dieu qu'on ne peut pas voir sans mourir, un Dieu tellement transcendant qu'Il fait peur et qu'il représente comme une sorte de danger pou l'homme, danger d'être écrasé par la toute-puissance de Dieu. Moïse garde ce voile sur son visage jusqu'au moment où il entre dans la Tente où Dieu lui parle face à face, l'Exode nous disait il y a quelques jours : comme un ami parle avec son ami. Mais quand il sort de la Tente et qu'il a transmis les paroles de Dieu au peuple, Moïse remet le voile pour que cette présence de Dieu n'effraie pas le peuple qui l'entoure.

Saint Paul a réfléchi sur cet épisode et il en donne une interprétation dans la deuxième épître aux Corinthiens. Il dit : "C'est l'Esprit qui donne la vie et la Loi gravée sur des pierres était entourée d'une telle gloire que les fils d'Israël ne pouvaient fixer les yeux sur le visage de Moïse à cause de la gloire de son visage. Comment donc le ministère de l'Esprit saint ne serait-il pas plus glorieux encore ?" Saint Paul ajoute au texte de l'Exode que cette gloire était pourtant passagère. Il va même attribuer au caractère passager de cette gloire la raison pur laquelle Moïse se voile, c'est donc une interprétation un peu différente que celle qui nous est donnée dans l'Exode. "Moïse mettait un voile sur son visage pur empêcher les fils d'Israël de voir la fin de ce qui n'était que passager". Autrement dit, cette gloire pourtant perçue comme terrifiante, comme participant à la transcendance de Dieu n'est qu'une gloire passagère. Il dira même : "A côté de la gloire qui nous est donnée par l'Esprit Saint, cette gloire de Moïse n'était rien". saint Paul précise encore que tant que nous sommes dans la logique de l'Ancien Testament, "le voile demeure sur notre visage parce que nous ne pouvons pas encore nous approcher de ce Dieu tellement puissant et tellement fort. Mais c'est quand on se convertit dit-il au Seigneur, (entendez à l'évangile, entendez à l'Esprit Saint), que le voile est enlevé. Et nous tous, le visage découvert nous réfléchissons comme dans un miroir la gloire du Seigneur transformés en cette image de gloire en gloire par le Seigneur qui est Esprit".

Il y a donc entre la Nouvelle Alliance et l'Ancienne, une différence radicale. Ce qui était l'objet de crainte, ce qui était signe d'éloignement et de transcendance, ce rayonnement qui faisait peur n'était qu'une annonce encore imparfaite de la vérité de l'évangile où le rayonnement n'est plus source de peur mais source de communication. Désormais, la présence de Dieu en nous depuis notre baptême donne à tout notre être un rayonnement. Et ce rayonnement n'est plus un rayonnement qui fait peur, qui éloigne, ce n'est plus le signe d'une transcendance de Dieu qui nous rendrait étrangers à celui-ci c'est au contraire le rayonnement de la présence miséricordieuse de Dieu, de cet Esprit saint qui vient en nos et qui appelle à se communiquer dans la douceur et la bonté de Dieu.

Et voilà pourquoi dans l'évangile, Jésus dira : "il n'y a rien de caché qui ne doive être révélé". Tout ce qui est voilé doit être dévoilé. C'est cela l'évangile. Il ne s'agit plus de respecter un mystère lointain qui nous fait trembler de crainte, il s'agit d'entrer dans l'intimité de Dieu qui s'offre à nous dans sa douceur, dans sa miséricorde. Miséricorde qui n'en est pas moins exigeante, plus encore même que cette transcendance que vénérait l'Ancien Testament, mais d'une exigence toute à fait différente, une exigence qui nous oblige à entrer en nous-mêmes pur y retrouver la présence de Dieu et pour nous laisser entièrement transformer pour être les témoins de cette lumière qui est la lumière de son amour infini.

Frères et sœurs, acceptons d'être rayonnants de la présence de Dieu. Et pour cela, acceptons que Dieu prenne place au cœur de notre vie, que nous soyons transformés par cette présence de Dieu. Il faut que nous consentions à cette présence de Dieu, que nous acceptions d'en être le réceptacle, d'en être aussi les témoins, les transmetteurs. Il faut que la grâce rayonnante de Dieu remplisse notre vie. Ce n'est pas pour observer tel ou tel commandement que nous vivrons selon l'évangile, mais c'est pour que Dieu puisse être connu, qu'il puisse passer à travers nous, que nous devenions perméables à cette présence, que nous n'opposions pas d'obstacles à ce rayonnement de Dieu et que tous les hommes puissent en nous voyant, savoir que Dieu est présent sur la terre, et qu'il veut entrer en communion avec chacun d'entre nous pour nous transfigurer par son amour et l'exigence de cet amour.

 

AMEN