LE DIALOGUE MALÉFIQUE
Ap 11, 15-102, 6 ; Lc 19, 41-48
(7 novembre 2005)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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e temple dans l'évangile de Luc, tient une place de première importance. Il commence en effet par la vision de Zacharie, le père de Jean-Baptiste, se termine par les disciples réunis à Jérusalem après l'Ascension. Même les Actes des apôtres commencent par la prière au temple avant la Pentecôte. Il y a une dizaine de chapitres au centre de l'évangile de Luc, qui parlent de la préparation de Jésus qui va monter à Jérusalem pour y épouser son peuple.
Il est aussi question de deux rencontres en Dieu et l'humanité. Une première rencontre ratée entre l'ange et Zacharie dans le cœur même du temple de Jérusalem, Zacharie qui doute, et quelques lignes après, cet ange qui apparaît à la vierge Marie à des centaines de kilomètres au nord de Jérusalem, en Galilée, dans un petit village, très loin de ce superbe temple de Jérusalem, et il faut voir que cette fois, le message de l'ange va être accueilli.
Peut-être que pour réfléchir plus précisément, face à notre propre vie spirituelle, et la manière dont nous essayons quelquefois d'accueillir le Seigneur dans notre cœur, je suis toujours étonné de voir combien nous dialoguons plus facilement avec le Mal, avec le diable, avec le serpent, qu'avec le Seigneur. Je trouve intéressante justement cette juxtaposition de la liturgie aujourd'hui, entre le Christ qui vient à Jérusalem pour rencontrer son peuple et qui n'est pas reconnu, le dialogue ne se fait pas, et la première lecture que nous avons entendue de l'Apocalypse, où l'on voit le temple de Dieu qui descend sur terre, ce temple qui est l'Alliance, et en fait, ce temple qui est cette Femme. En écoutant cette première lecture avec vous, je ne pouvais pas m'empêcher de repenser à ce passage du tout début de la Bible, dans la Genèse, et de repenser à cette femme, Ève et de ce dialogue qu'elle a eu avec le serpent. L'humanité qui dialogue avec le serpent, une femme qui parle avec le serpent, et à la fin, une Femme, signe extraordinaire dans le ciel qui elle, ne parle pas avec le serpent. Elle refuse de dialoguer avec le mal, et cependant, elle se retrouve face au mal. Je trouve que c'est cela qui est intéressant dans ces deux histoires, dans le premier cas, on se rend compte que le moindre dialogue envisagé avec le mal aboutit à notre propre destruction, et nous croyons hélas, trop souvent, que nous sommes capables d'être plus malins que le Malin. Généralement, ça ne marche pas !
A l'extrémité ce signe dans le ciel, cette Alliance que le Seigneur nous propose, qui est envisagée à travers cette femme restant face au mal, et je ne sais pas si vous avez remarqué, le dragon est en arrêt devant elle. C'est important, parce que cela veut dire que quand bien même nous laissons Dieu travailler dans notre cœur, et Dieu sait combien c'est difficile, c'est effectivement comme une femme en travail, et justement, comme une femme en travail, nous souffrons tout autant de cet accouchement de cette présence de Dieu dans notre cœur, cette présence de Dieu ne nous enlève pas la présence du mal. La différence est qu'il est comme en arrêt face à nous, et je crois que cette image du dragon en arrêt face à la Femme, nous dit aussi quelque chose de très important sur le mal. Parfois, nous lui donnons plus d'importance que ce qu'il en a véritablement, face à nous. En fait, le mal nous fait peur, et dans notre cœur, nous brodons et nous imaginons qu'il va être plus fort que nous, alors qu'en réalité, il est arrêté, et que très souvent celui qui provoque notre chute, ce n'est pas le mal, c'est nous-même.
Frères et sœurs, dans ces deux textes qui nous étaient proposés aujourd'hui dans la liturgie, nous découvrons qu'il n'y a rien de plus difficile que de dialoguer avec le Seigneur, et que souvent, nous laissons notre temple envahi par la présence du mal, par cette petite voix lancinante et constante qui nous dit que c'est bien plus facile la compromission avec le mal, c'est plus reposant et confortable : laisse-toi prendre. De l'autre côté, cette Femme qui est l'Église, mais qui je pense aussi et tout un chacun, tout croyant, nous rappelle que la présence du Christ dans notre cœur ne se fait pas sans douleur.
Que la Parole de Dieu soit pour nous l'occasion de réfléchir et de méditer sur cette lute intérieure que nous vivons si souvent.
AMEN