PRIÈRE ET LASSITUDE

Ap 5, 1-10 ; Lc 18, 1-8

(3 novembre 2005)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous venons d'entendre l'évangile de saint Luc, cette parabole de la veuve et du juge inique, parabole qui a pour but de nous relancer sur le chemin de la prière, de nous rappeler qu'il faut prier sans jamais se lasser. Ensuite, il y a une autre parabole qui suit immédiatement ce texte, c'est celle du pharisien et du publicain, sur l'attitude qu'il convient d'avoir quand on prie.

Mais je voudrais revenir sur cette lassitude qui nous atteint parfois dans notre vie, et nous atteint aussi dans notre prière. Ce sont un peu les mêmes causes qui produisent les mêmes effets. D'où vient la lassitude ? Elle vient de ce qu'on a estimé ses forces plus grandes qu'elles ne sont en fait. La lassitude vient du fait qu'on s'est fixé un objectif qui est trop pour nous. La lassitude vient également de ce que l'objectif que l'on s'était fixé, on se dit qu'on ne pourra jamais l'atteindre. Voilà quelle est en quelque sorte la racine de toute lassitude, lassitude dans notre vie courante, lassitude dans notre prière. La lassitude n'est pas réservée aux commençants, elle est partagée par tout homme, donc il convient de voir quel est le remède proposé par le Sauveur à cette lassitude. Le remède, c'est celui-ci. Tout d'abord, et c'est la parabole de la veuve et du juge inique qui nous la rappelle, notre Dieu n'est pas inflexible, notre Dieu entend notre prière. Il n'est pas un Zeus barbu, sur un trône, dont les décrets sont insondables, mais le Seigneur a voulu partager tout le cri d'Israël pendant des siècles. Le Seigneur a été d'une étonnante proximité.

Mais le Seigneur a été plus loin encore. Il a voulu partager notre existence. Il n'a pas voulu que sa compagnie soit inaccessible, mais Il a voulu aussi partager même notre lassitude. Souvenez-vous, au bord du puits de la samaritaine, Il est là et les disciples sont partis acheter de quoi manger, Il est là assis au bord du puits. Il est là aussi au moment où meurt son ami Lazare et il pleure devant l'ouvrage de la mort. Il a voulu réellement partager de l'intérieur la lassitude, même nos difficultés à prier, même nos difficultés à rejoindre Dieu facilement. Il a voulu passer par le cri d'abandon de la croix : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?"

Et cette lassitude quand elle nous saisit, il faut peut-être penser à ce voyant de l'Apocalypse qui se tient devant le trône de Dieu, qui voit le Livre, qui voit ces desseins insondables de Dieu, et qui pleure, qui pleure fort de ce que personne ne soit capable d'ouvrir le Livre. Il pleure de lassitude. Il pleure parce que le but est hors de sa portée. Et l'ange lui montre l'Agneau, cet Agneau comme égorgé, c'est-à-dire cet Agneau qui a connu notre faiblesse. Mais c'est un Agneau et un Lion : Il a partagé notre faiblesse pour nous en délivrer, pour que nous recevions la plénitude de cette vie qu'il veut nous donner encore. Je crois qu'on n'est peut-être pas allé assez loin dans le partage de cette lassitude pour recevoir la grâce que Dieu veut nous faire. Nous n'avons peut-être pas encore assez pleuré devant la difficulté du but à atteindre pour recevoir cette faiblesse de Dieu qui agit en nous comme une force. Nous ne sommes peut-être pas allés assez loin dans notre incapacité à prier même dans la lassitude, pour recevoir cette grâce qui vient de Dieu, de ces sept Esprits qui sont près du trône.

 

AMEN