LES EXIGENCES DE L'AMOUR DIVIN
Ez 40, 1-4 et Ez 43, 1-9 ; Lc 12, 1-12
(5 octobre 2005)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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'évangile que nous venons d'entendre est comme une suite de petits paragraphes qui pourraient nous apparaître au premier abord décousus, une sorte de patchwork, si on veut être un peu plus chic, on peut trouver un terme grec qui veut dire "couverture".
Je crois que l'évangile d'aujourd'hui est une couverture qui nous est proposée non pas pour nous tenir chaud, mais plutôt pour nous réveiller. Effectivement, si on essaie de trouver le fil courant de ces petits paragraphes que nous venons d'entendre, le premier fil rouge qui se dégagerait, c'est celui de la peur. "N'ayez pas peur, et ayez peur ! " Premier fil rouge. Deuxième chose peut-être à retenir, c'est les circonstances de la rédaction de ce texte. L'introduction de cet évangile rappelle cette chose très simple : ils étaient des milliers et des milliers, ils se pressaient pour écouter Jésus et Jésus commence à parler non pas d'abord à la foule, mais en premier lieu à ses disciples. Je trouve très intéressant de rappeler à qui Jésus s'adresse quand il prononce cette série de paroles. En effet, quand il s'agit d'envisager notre relation à Dieu qui serait (excusez la référence), comme ces gens qui, par dépit de l'humanité, se sont jetés à corps perdu sur leur petit toutou. Il y a des gens comme ça qui ont un chien, ils adorent leur chien, et ils lui achètent absolument tout ce qu'il faut pour qu'il soit une bête heureuse, parce que nous disent-ils tout le temps, personne ne m'a aimé, j'ai été déçu par les hommes, je me suis trompé, etc …
D'une certaine manière, cette foule qui suit Jésus et ses apôtres peut fonctionner de la même façon que ces gens-là. Déçus par le judaïsme, par les pharisiens, déçus par les hommes, par Israël, face à une souffrance qui les touche, face à l'hypocrisie des gens, face à la mort physique, face à la peur de l'autre, Jésus est celui que je suis parce que c'est celui que j'aime entendre parce qu'il me réchauffe et me fait du bien. Au moins, je n'ai pas peur de Jésus. Le monde contemporain avec le regard qu'il jette sur Jésus est exactement dans cette même ligne. Jésus, c'est l'amour incarné, c'est celui qui est très gentil, qui n'accuse jamais, c'est celui qui nous sauve malgré" toutes les bêtises que je peux faire. Ça fait du bien, parce que cela me permet de continuer à faire les pires bêtises, parce que je sais qu'il est toujours là et que je n'ai pas à avoir peur de lui. Ceux qui sont les pires face à moi ce n'est pas Jésus, ce sont les autres. Là aussi, nous sommes en plein dans le problème contemporain : je sais qui est Dieu, et celui qui est l'ennemi de Dieu, c'est l'autre. Dieu est comme ce petit toutou que nous promenons parce que nous savons qui il est et l'autre ne sait pas qui il est et parfois, ces gens vont jusqu'à poser des bombes.
En même temps, Jésus renverse tout à fait la situation. Il nous dit que ce n'est pas des hommes qu'il faut avoir peur, c'est de Dieu. Je trouve ce renversement magnifique. En fait, nous envisageons très souvent ce texte comme étant la grande difficulté de l'apostolat. Nous avons le trésor de la foi et nous nous trouvons face à des gens qui nous crucifient, qui nous lapident, qui nous arrachent la peau, et en fait, Jésus nous dit : ce n'est pas ça le problème. La première exposition vient de Dieu qui s'expose à l'homme en s'incarnant et en acceptant de ne pas être compris. Cette foule qui se presse par milliers, nous pourrions dire que c'est beau, mais elle n'a rien compris, c'est la même foule qui quelques pages plus loin dans l'évangile voudra faire de Jésus un roi parce qu'il a multiplié le pain. Et l'exposition finale du Christ, c'est la croix qui s'expose à l'humanité qui n'a toujours rien compris. Le Christ, dans ce passage, nous invite à nous exposer, nous aussi, mais pas d'abord face à l'apostolat. Oui, c'est vrai, il y a l'apostolat, mais la première exposition, c'est moi vis-à-vis de Dieu, c'est moi vis-à-vis de la Parole de Dieu. Cette Parole de Dieu qui ne m'est pas d'abord donnée parce qu'elle fait chaud au cœur, et qu'elle me permet d'aller dans mon sens, mais c'est une Parole qui m'expose, qui expose mon hypocrisie, mon incapacité à la comprendre intellectuellement, théologiquement. Une Parole qui expose même jusqu'à ma vie physique. Cette exposition c'est ce glaive qui effectivement tranche dans le vif.
Frères et sœurs, ne nous trompons pas d'ennemi, mais ne nous trompons pas d'objet d'effroi. L'effroi, ce n'est pas d'abord l'autre, c'est trop facile, l'effroi c'est Dieu. C'est celui qui est si immense qui devrait justement nous faire peur, mais qui a accepté de se faire homme, non pas pour dévaluer son évangile, mais pour nous montrer justement que lorsqu'on parle d'exposition, quand Dieu se dit amour, ce n'est pas pour faire passer toutes nos petites bêtises et nos péchés, c'est pour que, face à l'amour, nous sommes face à quelque chose de plus difficile qui est l'exigence. Car, c'est cela l'effroi d'être aimé par Dieu, c'est de découvrir qu'en retour, nous sommes face à une exigence extraordinaire et incroyable.
Frères et soeurs, pour finir, c'est mon opinion sur la question, ce fameux péché contre l'Esprit qui n'est pas remis, le plus grand péché face à Dieu, c'est le désespoir, Notre désespoir de croire que soit, Dieu est tellement gentil qu'on peut faire tout ce qu'on veut, mais l'inverse serait de dire qu'il est tellement effrayant, tellement dur qu'autant lâcher prise parce que je sais que je vais mourir. Or, Dieu tient les deux bouts, Dieu nous dit à la fois qu'il est Dieu et en même temps, et en même temps, il accepte de se laisser rejoindre sans aucune compromission avec toute l'exigence que cet amour demande.
AMEN