LE FEU DE L'EUCHARISTIE

Ez 39, 21-29 ; Lc 11, 33-36

(3 octobre 2005)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

C

'est presque une Lapalissade : "Personne n'allume une lampe pour la mettre sous le boisseau". Personne n'allume une lampe pour la mettre sous son lit mais sur un lampadaire. Le Christ est venu une lampe, mieux encore, le Christ est venu allumer un feu sur la terre, et ce feu, il prend dans nos vies, dans nos communautés. Il prend là où il peut, là où il y a quelque chose à brûler, là où il a quelque chose à donner et à offrir. Les Pères de l'Église ont souvent parlé de l'eucharistie comme d'un feu, un feu qui dévore sans consumer, on mange le feu, dit saint Ephrem. Donc, dans chacune de nos eucharisties, c'est le Seigneur qui vient nous allumer, allumer notre communauté, allumer ce feu en nous. Chaque eucharistie, c'est cela.

Il y a des manières peut-être de recevoir l'eucharistie et de garder ce feu pour nous, des manières de garder ce trésor bien pour nous et ne pas le faire briller. Chaque eucharistie devrait susciter en nous, dans notre communauté une sorte d'élan pour porter cette lumière. C'est le but aussi. L'eucharistie, c'est l'âme de l'évangélisation, l'âme du témoignage. Je crois que l'eucharistie s'insère parfaitement dans ce témoignage, parce que l'eucharistie est précisément ce pain qui nous rend fort, ce pain qui nous fortifie, cette table où l'on vient reprendre cœur, cette table où l'on se sent plus fort, parce que nous ne sommes pas venus tout seul, et nous ne sommes pas seuls à assister à l'eucharistie. Précisément, nous sommes dans une assemblée, c'est-à-dire un lieu qui suscite des convergences, une sorte d'énergie de participation, si on ne vit pas l'eucharistie simplement pour soi.

Mais l'eucharistie c'est en même temps le vrai pain, et pas un pain factice, qui n'aurait pas de goût, mais le véritable pain de Dieu, ce pain qui peut combler toute vie, qui peut combler toute existence, ce pain qui est capable de donner du sens à une vie. Qu'est-ce qui donne du sens à une vie, sinon l'amour livré, le don total ? C'est précisément ce qu'on manifeste dans chacune de nos eucharisties.

Donc, le pain qui fortifie, le vrai pain qui est proposé ainsi est l'eucharistie parce qu'elle conjoint à la fois l'histoire du pain, l'histoire du vin, l'histoire de tout le don du travail des hommes, de toute l'histoire des hommes. Et en même temps, elle conjoint le don de Dieu qui vient saisir du dedans ce don qui est fait de ces hommes dans leur histoire, à travers l'offrande du pain et du vin. Elle conjoint les deux attitudes qu'il convient d'avoir dans le témoignage : à la fois saisir la longue histoire de la personne qui témoigne de la foi, c'est-à-dire, pour ne pas faire une proposition de la foi plaquée, il s'agit de ressaisir la personne dans tout ce qu'elle est, et en même temps, ce don de Dieu.

Enfin, je crois que l'eucharistie c'est vraiment le don gratuit de Dieu. On fait de chacune de nos eucharisties la célébration de la gratuité du salut de Dieu. C'est, pour aujourd'hui, ce qui est essentiel dans le message chrétien, la gratuité. Aujourd'hui tout le monde cherche, même à travers des techniques de méditation, à récupérer un peu pour soi, à chercher du côté du développement personnel, à chercher non pas dans une attitude gratuite, à chercher quelque chose qui pourrait m'apporter un petit plus ! or, l'eucharistie, c'est la manifestation de la gratuité du salut de Dieu. Je crois que c'est ce que nous devons profondément annoncer.

Donc, ne mettons pas ce feu qui s'allume dans nos cœurs à chacune de nos eucharisties, ne mettons pas ce pain qui flambe par l'Esprit, ne les mettons pas sous le boisseau. Soyons des témoins de ce vrai pain, de ce pain qui fortifie, de ce pain qui vient nous donner du sens et de ce pain qui rejoint aussi chaque homme dans son histoire.

 

 

AMEN