LA FOI DU CENTURION

Ez 36, 1-3+8-12 ; Lc 17, 1-10

(17 septembre 2005)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

es passages bien connus de l'évangile, lorsqu'ils sont célébrés dans la liturgie eucharistique telle que nous pouvons la vivre aujourd'hui, sont des paroles que nous avons toujours à redécouvrir.

Peut-être pouvons-nous simplement reprendre ce que Jésus dit de cet homme : "Je n'ai pas trouvé pareille foi en Israël". Pourtant, Dieu sait qu'en Israël, il y a des hommes à l'époque de Jésus qui ont la foi, une grande foi. Il y a les juifs pieux et pratiquants, il y a ceux qui attendent le Messie, il y a peut-être même ceux qui ont déjà reconnu en Jésus, l'envoyé de Dieu. Les apôtres et tous ceux qui connaissent Jésus, tous ceux qui sont de sa famille, sont certainement déjà pris dans ce tissu de foi où Jésus a à être reconnu comme le Fils de Dieu. Pourtant, Jésus dit de ce centurion : "Je n'ai pas trouvé pareille foi en Israël". Il y a peut-être un détail qui peut nous échapper quant à l'acte de foi de cet homme et de la Parole qu'en réponse, Jésus donne et fait pour lui. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ce centurion ne rencontre pas Jésus. Il envoie les chefs anciens, ceux qui sont les chefs de la synagogue, qui disent à Jésus : il faut que tu fasses quelque chose pour lui, car c'est lui qui a construit notre synagogue. Il a pour nous de l'amitié. Jésus s'approche certainement de la demeure de ce centurion, et là encore, ce n'est pas le centurion qui vient, mais il envoie des amis. Et ces amis, de la part du centurion, disent à Jésus, cette phrase que nous connaissons bien : "je dis à un serviteur, va et il va, à un soldat, fais ceci et il le fait". Ce sont les amis qui racontent à Jésus ce que ce centurion porte dans son cœur. Mais le centurion ne voit pas Jésus. Il ne le rencontre pas.

Pourquoi ensuite, Jésus dit-il de cet homme qu'il n'a même pas vu : "je n'ai jamais trouvé pareille foi en Israël". Tout simplement parce que la foi du centurion est une foi altruiste. C'est une foi dans les autres. En effet, nous considérons peut-être trop souvent la foi, comme un acte individuel : j'ai la foi. Je veux apprendre à connaître, alors je suivrai éventuellement un groupe d'évangélisation, de rencontres, de connaissance de la foi. Mais si l'on y réfléchit un peu, c'est toujours autour de nous-mêmes que tourne notre foi, notre acte de foi. Moi, par rapport à Dieu, moi par rapport à l'acte religieux, moi, par rapport à la pratique cultuelle.

Or, peut-être que nous avons à découvrir que pareille foi du centurion, c'est une foi qui fait se déplacer les autres. C'est une foi qui fait que des anciens de la synagogue vont à la rencontre de Jésus. C'est une foi qui fait que des amis, les amis du centurion vont voir Jésus et disent des paroles. Jésus n'a jamais vu le centurion, il ne sait rien de lui, et à travers les chefs de la synagogue, à travers les amis de cet homme, il dit : "Je n'ai pas rencontré pareille foi en Israël". Une foi qui n'est pas la nôtre d'abords, mais qui est pour les autres. Une foi porteuse d'amitié, une foi confiance pour les autres, une foi qui aide les autres à faire leur propre démarche. Alors peut-être pouvons-nous comprendre pourquoi Jésus dit cela du centurion.

 

AMEN