UNE AUTRE VISION DE LA PÉNITENCE
Ap 3, 1-13 ; Lc 13, 1-9
(27 octobre 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ans les deux événements qui sont cités dans cet évangile de Luc, nous ne connaissons rien, si ce n'est que ces galiléens devaient être innocents, en tout cas ceux de la tour de Siloë, c'est bien certain, et pourtant le Christ insiste sur le repentir nécessaire, sur la pénitence.
La première chose que nous pouvons en conclure, en déduire, c'est que nous portons solidairement, les péchés de toute l'humanité. Nous sommes solidaires les uns des autres, et nous ne pourrons pas être sauvés, nous seuls, ou alors, personne ! Ce n'est pas en raison de nos fautes personnelles, mais en raison des fautes de l'ensemble des hommes dont nous avons d'ailleurs, nous, les croyants et pratiquants, à les porter dans l'intercession devant la miséricorde de Dieu, et cette solidarité joue à notre insu. Ou bien tous les hommes seront sauvés parce que nous intercédé pour eux, ou nous ne serons pas sauvés.
En même temps, il faut distinguer que ce ne sont pas nos péchés seuls, mais cette charge de la complicité des hommes, qui a commencé depuis le début qui s'oppose à cette miséricorde de Dieu. Evidemment, quand on dit cela, on appuie sur la pédale de la culpabilité, et l'on fait des chrétiens, comme on l'a fait nombre de fois dans l'histoire de l'Église, des culpabilisés de première, puisque non seulement ils ne peuvent pas se racheter eux-mêmes, mais en plus, ils portent les fautes des autres hommes.
C'est mal comprendre le mot "pénitence". Ce mot pénitence, si nous le comprenons sur un mode passif, de fait, nous le vivons comme une culpabilité alourdie, surchargée. Mais la pénitence, c'est une façon de s'offrir à Dieu. La pénitence ce n'est pas simplement une prise en compte de la culpabilité de nos fautes et des fautes de nos frères, c'est pourquoi d'ailleurs l'Église a pressenti l'idée du péché originel qui a commencé dès le début de l'humanité, mais la pénitence, c'est une manière d'être avec Dieu qui, contrairement à la mauvaise réputation de ce mot, est une manière active. C'est une manière de s'ouvrir et de s'offrir à une expérience de miséricorde, et donc de rencontre.
Contrairement aux apparences, la pénitence n'est pas simplement une sorte de remise à zéro de la plage, il y a tout un aspect de purification de notre propre être dans la pénitence, mais surtout, la pénitence, c'est un consentement à être membre de cette humanité que Dieu que Dieu veut sauver, et pour être membre de l'humanité que Dieu veut sauver, je me prête à vivre avec mes frères, ce partage des fautes, afin que Dieu nous offre, nous permette de le rencontrer plus intimement dans la miséricorde. C'est pourquoi la pénitence est une autre façon de dire la rencontre avec le pardon de Dieu, et donc rencontre avec le cœur du Père qui offre à chacun un pardon inlassable, présent, actif, efficace, pardon qui non seulement vient laver nos fautes, mais nous transformer et nous remettre sur le chemin notre véritable destinée qui est notre sainteté.
Le bon côté de la médaille de notre solidarité négative qui jouait entre nous à l'égard des péchés de toute l'humanité, c'est la sainteté partagée, c'est la manière dont chacun à sa place, contribue au salut du monde par sa propre prière, par le don de soi et cela nous ouvre à notre propre vocation de chrétien dans ce monde, pas simplement par compassion de porter tous les péchés du monde. Ce serait une caricature que de s'arrêter à ce premier temps. Mais il y a un second temps qui s'articule sur le premier et qui est de nous ouvrir, à cause de la miséricorde de Dieu, à cause de l'expérience que nous faisons du cœur de Dieu, à notre propre vocation active dans le monde, par la prière, par l'action caritative. Chacun de nous et appelé à contribuer à lever la charge des péchés, afin que le salut soit proposé et devienne actif dans le cœur de nos frères.
Demandons au Seigneur que nous ayons à cœur cette proposition de salut pour le monde, et que nous ayons à cœur que tous les frères que nous rencontrerons puissent avec nous, en jouir un jour définitivement.
AMEN