RUSE OU INTELLIGENCE SAGE ?
Ap 1, 9-10+12-19 ; Lc 16, 1-9
(29 octobre 2003)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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n aurait peut-être tendance vis-à-vis de cette parabole à l'écouter avec un air condescendant, comme si cette parabole proposait un salut au rabais, ou une solution un peu boiteuse, et nous serions ceux qui écoutent, en nous disant que ce n'est pas l'idéal, qu'il faut espérer que cela ne recommencera pas, que ce sera un cas unique et que le Seigneur n'acceptera pas que cela recommence.
En fait, je crois qu'il n'en est rien. Cette parabole nous montre très exactement la manière dont l'humanité coopère à son salut. Quand on écoute le texte, on voit que l'intendant est quelqu'un qui a géré des biens qui ne lui appartiennent pas. C'est peut-être aussi ce que nous vivons en chrétiens, comme hommes et femmes, de ce que nous recevons en héritage, nous recevons des dons, nous recevons la grâce de Dieu, et cela ne nous appartient pas.
Cet homme, cet intendant dilapide, c'est-à-dire qu'il l'utilise d'abord pour lui. Peut-être que nous aussi, de notre côté, nous avons tendance à utiliser pour nous, dans un sens unique, ce que nous recevons. Il y a aussi cette injonction de la part du maître qui dit : je te mets à la porte ! Tu n'auras plus rien. Cette petite phrase que l'on retrouve chez saint Luc, on l'a déjà entendue avec le fils prodigue : "rentrant en lui-même, l'intendant se dit". Là, il devient très avisé, il se connaît très bien. Il sait qu'il n'a absolument pas les capacités d'aller piocher sur la route, et il sait qu'il n'a absolument pas envie d'aller mendier. Il va utiliser sa ruse non plus pour lui-même, non plus pour son propre confort, non plus dans le sens où avant il manipulait son maître et les autres, mais il va utiliser cette même ruse, cette même intelligence mais pour un but différent.
Il est toujours très intéressant de constater que dans la Bible ce que l'on appelle la Sagesse est beaucoup plus de l'ordre du moyen que de l'ordre de la fin. La sagesse, en soi, n'est pas ordonnée directement au bien. Tout est dans la manière dont l'homme l'utilise. Là encore, l'homme avisé est celui qui a l'art de trouver le bon moyen. Ce n'est pas nécessairement ce qui nous fait défaut pour nous-mêmes, mais nous ne savons pas toujours l'utiliser pour les autres. C'est ce retournement que vit cet homme, c'est-à-dire qu'à la place de mettre cette intelligence pour son propre service, son propre confort, il va être poussé par son maître à l'utiliser pour les autres.
La conclusion que l'on peut tirer de ce petit passage est très simple : quelquefois, nous avons l'impression que la manière que nous avons de nous sauver, ou de nous laisser sauver par Dieu, est un lieu différent, comme si le lieu de notre péché était différent du lieu du salut. Et en fait, le Seigneur nous dit : non. Le Seigneur nous dit, peut-être pour reprendre l'adage populaire qu'on est puni par où l'on a péché, cet évangile nous montre qu'on est sauvé par où on a péché. Le lieu même de péché de cet homme qui était d'utiliser son intelligence à ses propres fins, il va l'utiliser d'une manière différente.
Frères et sœurs, je crois que dans notre conversion nous l'allons peut-être pas aller chercher très loin notre lieu de conversion, ne refusons pas nos péchés, nos faiblesses, mais laissons nous découvrir par le Seigneur que nos lieux de faiblesse, nos lieux de péché, nos lieux de mort comme vivait cet homme, peuvent être en même temps des lieux de réconciliation, des lieux de salut et aussi la possibilité de réorienter d'une certaine manière le don que Dieu nous a donné de nous tourner vers le prochain.
AMEN