RECEVOIR SA PLACE
Za 13, 7-9 ; Lc 14, 7-14
(23 octobre 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT
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ans cette parabole que nous venons d'entendre, tout le monde en prend pour son grade, les invités, parce qu'il ne faut pas aller plus haut que ce que l'on est, et viser plutôt la dernière place pour se retrouver élevé, et celui qui invite, parce qu'il ne s'agit pas en invitant des personnes, de se faire bien voir, de se faire valoir. En fait, à chaque fois, c'est une sorte de critique, d'une manière de se faire valoir soi-même et de se faire un peu mousser.
Et cette phrase : "Qui s'élève sera abaissé, qui s'abaisse sera élevé", ces phrases que l'on aime, parce qu'elles fleurent bon l'évangile, c'est typique de l'évangile. C'est comme "celui qui veut être grand, qu'il se fasse le serviteur de tous", ou alors, "les premiers seront les derniers", ce sont des phrases de l'évangile auxquelles on est habitués, mais elles sont là aussi pour traduire dans la vie courante, pour traduire dans la vie des disciples, pour traduire dans la vie des baptisés, pour traduire le choc de l'Incarnation, de Dieu qui se fait chair à Noël et qui prend volontairement cette place. C'est l'abbé Huvelin qui disait que le Christ a tellement pris la dernière place, que personne ne pourra la lui enlever, et Charles de Foucauld a repris cette phrase lui aussi. Il y a ce mouvement très particulier de cet abaissement qui nous est demandé, et de ce "monte plus haut". Et je pensais en lisant l'évangile à Mère Térésa, on est allé la chercher au fond de son mouroir à Calcutta pour la conduire jusqu'à Rome et dévoiler son visage devant 300.000 personnes. "Mon ami, monte plus haut", elle avait aussi volontairement cherché la compagnie de ces invités à la noce, qu'on avait peut-être oublié, et en partageant cette vie, en allant chercher cette joie du Royaume, cette joie du festin, mon ami, monte plus haut !
Il y a comme une sorte de mouvement d'ascenseur, parce que "celui qui s'abaisse sera élevé, et celui qui s'élève sera abaissé", comme ces ascenseurs qui ne se rencontrent pas, comme un ascenseur qui en entraîne un autre par son inertie. Faut-il chercher à se dévaloriser ? Fait-il chercher à tellement dévaloriser l'image qu'on ne ressemble plus au modèle ? Ce n'est pas en s'abaissant volontairement, en se méprisant, en se diminuant, en défigurant cette image que nous sommes, que nous allons valoriser ce modèle qu'est le Christ. Je crois que ce mouvement nous est donné, il ne faut pas s'en emparer. Personnellement, je trouve toujours que la fausse humilité est encore pire que l'orgueil, volontairement se présenter comme le dernier de tous, je crois que c'est encore pire qu'un orgueil massif, bien situé, parce qu'au moins, avec l'orgueil, il y a la possibilité de se convertir, il y a la possibilité de revenir à Dieu, d'être touché par l'évangile, d'être touché par les petits. Mais quelqu'un qui vit cette espèce de fausse humilité, se croit déjà arrivé, donc, il n'y a aucun moyen de se changer.
Cet évangile que nous écoutons nous invite à traduire à la fois dans notre vie ce mouvement qui est celui de toute l'incarnation du Sauveur, de Celui "qui n'a pas retenu le rang qui l'égalait à Dieu, Il s'est abaissé Lui-même jusqu'à prendre la condition de serviteur", et en même temps, sans dévaloriser l'image que nous sommes, prendre conscience de cette dignité baptismale qui est la nôtre, éviter de se dévaloriser et recevoir comme un cadeau, cette manière d'être proche des derniers ou de volontairement de laisser sa place à d'autres.
AMEN