ENTRER DANS LE MOUVEMENT DE LA RESURRECTION
Za 11, 15-17 ; Lc 13, 10-17
(20 octobre 2003)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ésus est dans la synagogue le jour du sabbat pour enseigner. C'est une chose tout à fait commune. Bien sûr, le chef de la synagogue aurait pu commenter cette parole que certainement Jésus vient de lire. Jésus est là et c'est Lui qui enseigne, c'est Lui qui prend la parole. A ce moment-là, cette femme, possédée d'un esprit qui fait qu'elle est courbée, est comme à terre, en tout cas, le visage vers la terre. Cela fait dix-huit ans qu'elle est ainsi.
Dans le geste que fait Jésus, j'y vois un geste liturgique. D'abord parce que cela se passe dans un lieu liturgique, la synagogue, c'est l'assemblée, c'est le lieu de la Parole. Et Jésus interpelle cette femme. Il lui dit : "Femme, relève-toi, tu es guérie". Puis, Il lui impose les mains, et après lui avoir imposé les mains, "elle se redresse et elle rend gloire à Dieu". Je dis que c'est liturgique parce que dans notre eucharistie, par exemple, nous avons d'abord la liturgie de la Parole. Jésus s'adresse à nous, Il nous parle. Puis Il pose un signe, celui que le prêtre fait en imposant les mains sur le pain et le vin. Et ensuite, l'assemblée se redresse, et rend gloire à Dieu. C'est un acte profondément liturgique, parce que c'est un acte pascal. L'acte pascal consistant de passer de la mot à la vie. Mais dans la langue antique, le mot "Résurrection", c'est se redresser, se relever. Ainsi cette femme fait l'expérience dans son corps du principe même de l'acte pascal que le Christ accomplit pour elle, elle qui était courbée à terre, se redresse. Elle entre dans le mouvement de la Résurrection, et peut rendre gloire à Dieu.
Dans cet épisode, il y a comme un paradoxe, puisque le chef de la synagogue s'insurge et dit à la foule : "Il y a six jours pour travailler, ne venez pas vous faire guérir le septième jour". Le septième jour qui est le lieu et le temps du repos, le sabbat. Il y a un paradoxe parce que les six jours de la création plus le septième jour du repos ne sont pas un règlement de Dieu, ne sont pas un principe que Dieu donne. Quand Dieu crée le monde en six jours et se repose le septième jour, Il fait un acte liturgique en entier. D'ailleurs, les premiers mot du livre de la Genèse nous le disent bien : "Dieu dit (la Parole de Dieu), que la lumière soit, la lumière est". (le signe). Et toute la création au bout de ces sept jours est appelée à rendre gloire, à chanter la gloire de Dieu. C'est tellement vrai que le récit de la Genèse est un chant liturgique, avec son refrain : "Et Dieu vit que cela était bon". Et s'il y avait bien un jour pour poser cet acte liturgique, acte pascal par excellence, c'était le jour du sabbat, puisque la Christ Lui-même ne va jamais être autant actif que dans son sabbat à Lui, sa mort. Il paraît mort, il paraît inactif, sans plus aucune action et pourtant, c'est le jour du sabbat, le jour du repos qu'Il brise les portes de l'enfer, qu'Il prend Adam et Eve par la main, qu'Il les redresse et les entraîne avec Lui dans le principe de sa Résurrection.
Pour nous aussi, cela a de l'importance, parce que cela signifie aussi que toute liturgie que nous vivons, n'est pas d'abord un principe ou un règlement. Que c'est faux de dire qu'il peut y avoir une messe obligatoire et que le chrétien doit venir tous les dimanches ! En soi, c'est vrai, et c'est ce que dirait le chef de la synagogue. Mais c'est faux aussi. Je ne viens pas parce que j'y suis obligé, mais parce que la liturgie est une source de compréhension de ma propre existence. Oui, lorsque je vis la liturgie, lorsque que j'entre dans l'acte pascal du Seigneur, alors toute liturgie est la clé de compréhension de ce que je vis au jour le jour, moi aussi je passe avec le Christ de la mort à la vie. De courbé que je suis, je suis appelé à me redresser, et la liturgie me donne alors les mots de l'action de grâces.
AMEN