IL EST QUESTION DE MOI DANS L'ACTUALITÉ

Za 11, 4-5+7-14 ; Lc 13, 1-9

(16 octobre 2003)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

P

our une fois dans l'évangile, il n'est pas question de guérison, ou de parabole et d'histoires inventées, pour une fois dans l'évangile, nous assistons en direct à un commentaire de l'actualité. Quand nous lisons le journal, ou que nous regardons le journal télévisé, nous nous posons les mêmes questions que les disciples de Jésus. La première question que nous nous posons par rapport à l'actualité, est souvent liée à la notion de justice. En fait, quand on vient interroger Jésus, on lui demande si les choses devaient véritablement se passer ainsi. Quand nous regardons les procès à la télévision, et toutes ces affaires, est-ce que telle ou telle personne mérite ou non la mort ?

C'est vrai que la question du mérite et tout particulièrement du mérite de la vie ou de la mort, est une question qui nous poursuit et Jésus se laisse poser la question, et Il y répond d'une manière assez différente. Il montre à travers deux exemples de l'actualité que la question de la mort n'est absolument pas liée au mérite. Les premiers qui ont été exécutés, et c'est intéressant de noter, "dont on a mêlé le sang avec celui de leurs victimes", donc, ils sont coupables. Mais, il y a aussi des gens qui meurent sans être coupables de quoi que ce soit, c'est l'exemple de ces personnes qui étaient proches de la tour de Siloë, cette tour s'écroule et ces gens meurent.

Inconsciemment, nous avons toujours un peu ce schéma qui est de penser que quand on meurt, quand on souffre, quand on reçoit quelque chose, c'est que certainement, on a fauté. C'était la vieille phrase de ma grand-mère qui me disait : c'est le petit Jésus qui t'a puni ! On peut aussi reprendre une autre phrase, moins gentille pour les femmes : bats ta femme, si tu ne sais pas pourquoi, elle le sait ! C'est vrais que parfois on se tarabuste l'esprit pour essayer de trouver la raison pour laquelle il y a le mal, la mort, dans l'actualité qui se déroule devant nous.

Je crois que quand on se pose cette question à la manière du mérite, on passe carrément à côté de la chose. On reste à la surface de la question. Jésus après ces deux exemples nous invite à regarder l'actualité d'une manière très différente. Il ne nous demande pas de savoir si celui dont il est question mérite la mort, mais, ci cette question d'actualité nous dit quelque chose à nous. En lisant cet évangile avec vous me revenait une phrase qui pour moi est très belle, c'est Jésus, quand Il lit à la synagogue de Nazareth, et qui dit : "Il est question de moi dans le rouleau du Livre". Je crois que cette question du mérite des autres est stérile. Quand on lit la Parole de Dieu ou quand on lit l'actualité, en fait, il nous est demandé de nous poser cette question : il est question de moi dans ces actualités. A ce moment-là, il ne s'agit plus d'avoir ce réflexe stérile et de pointer l'autre pour savoir s'il doit mourir ou s'il doit vivre, mais si cet événement m'invite à la conversion. La question du figuier stérile qui suit, est intéressante parce que justement, elle se rapproche assez fort de l'actualité. L'actualité est-elle stérile dans notre cœur, dans notre vie avec Dieu, parce que nous la renvoyons toujours aux autres, ou bien sommes nous capables quand Jésus nous y invite, à toute question de la ramener sur nous et sur notre conversion. A ce moment-là, on découvre que ramener toute question sur notre conversion implique cet exercice difficile dont il est question après pour le figuier, de laisser bêcher, d'une certaine manière, cette terre. C'est très difficile. Retourner cette terre, ce fumier qui est au pied du figuier, c'est exactement la même chose que la conversion qui est cette démarche de retournement.

Vous voyez, frères et sœurs, je crois que ce figuier stérile, cette parabole que Jésus donne à ses disciples après la question de l'actualité, nous montre que l'actualité, notre vie, les événements, sont stériles, nous apportent une mort, encore pire que la mort physique et la mort spirituelle, si nous refusons d'en faire quelque chose, si nous laissons tous ces événements que nous vivons dont nous sommes témoins à l'extérieur de nous-mêmes, et qu'on le laisse comme cela, comme une sorte de terre dont la croûte s'épaissit et qui ne laissera jamais filtrer l'eau dont le figuier a besoin pour grandir.

Essayons de laisser le jardinier, ce jardinier de la Résurrection qui vient auprès de Marie-Madeleine, pour retourner le cœur des hommes et pour nous inviter à la conversion. Laissons-nous retourner, laissons-le bêcher cœur, c'est vrai que parfois cela fait mal, c'est vrai que le bruit du métal sur la terre fait mal à la terre, et le travail du jardinier de notre Seigneur dans notre cœur, dans notre corps, dans notre âme, fait mal, mais acceptons d'ouvrir cette terre à l'eau, acceptons de la laisser s'ouvrir à l'Esprit de Dieu, afin que dans notre vie, toute actualité, tout événement soit l'occasion de dire à Dieu : il est question de moi dans cet événement, afin que je puisse te glorifier.

 

 

AMEN