CHOISIR DIVISE !
Za 10, 7-12 ; Lc 12, 49-59
(13 octobre 2003)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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-1e vais essayer d'éclairer quelque peu cet évangile qui à la fois fait sourire, interroge, sans pour autant permettre la compréhension véritable sens du texte. Il faut bien comprendre que ces divisions que Jésus semble apporter concernent, l'adhésion, la reconnaissance du Christ qui n'est pas une division en soi, mais ce fait de choisir ou non le Christ peut diviser les hommes entre eux. J'ai remarqué aujourd'hui que la division est entre les pères et les fils et non pas les pères et les filles, et entre les mères et les filles et non pas les mères et les fils, évidemment, on est chez les juifs et la relation est forte, et la belle-mère contre la bru, là aussi du même côté.
Ces relations qui devraient être non seulement des relations de confiance, de croissance, si on peut parler de ces relations familiales qui sont à la fois les relations les plus fortes, les plus instinctives et en même temps les plus conflictuelles que nous ayons dans nos vies. Comme si le Christ réveillait des conflits latents, des conflits au sein de sa famille, c'est le moratoire même des essais, de la haine, de l'amour, du pardon, de la réconciliation, du ressentiment, de la vengeance, vous connaissez vous-mêmes vos histoires.
Le Christ vient activer certaines de ces divisions possibles. Mon hypothèse est la suivante. Dans les familles, vous écoutez ce que j'essaie de vous dire, vous écoutez à la fois le contenu de mon propos et le sentiment qui m'anime quand je vous dis ce propos, si je suis de bonne ou de mauvaise humeur, ou heureux, ou triste, mélancolique, il y a à la fois ce que j'essaie d'expliquer dans mon propos, et en même temps et avec cela, le sentiment ou l'affect qui l'accompagne, et vous dites : aujourd'hui, il était de mauvaise humeur, ou de bonne humeur, cela arrive ! Dans une famille, on écoute davantage les sentiments que le propos, quand on demande à son voisin de table de passer le sel, effectivement, on veut obtenir la salière, mais surtout, on vérifie dans cette interrogation si l'autre même me respecte, me pardonne, etc … On est beaucoup plus sensible à la chanson qu'aux paroles de la chanson. Dans la famille, c'est le sentiment qui prédomine et qu'on vérifie sans arrêt dans les propos les plus banals de notre vie qui transportent à notre insu les sentiments que nous avons pour les autres. C'est de côté de ces affects, de ces sentiments que le Christ parle. Adhérer au Christ est d'une telle importance, requiert tellement de choses à l'intérieur que même des gens qui s'aiment ou sont faits pour s'aimer peuvent se diviser. L'adhésion au Christ est plus profonde que les liens de la chair et du sang. Ce n'est pas facile à accepter. Le lien qui nous unit au Christ peut passer par-dessus les liens que nous pensons être nécessaires et vitaux pour nous. Le sentiment au sens profond du terme, c'est-à-dire l'adhésion profonde que le Christ devrait susciter en nous est plus profond, plus large, plus puissant que les liens de famille, que certains liens de famille.
Je pense que tout ce qui relève de Dieu et de la religion se situe comme à la base de nous-même. Ce n'est pas seulement une sorte d'adhésion intellectuelle, ou une adhésion idéale, mais c'est une adhésion plus profonde, on dirait viscérale, mais ce n'est pas suffisant, il faudrait dire, si on pouvait trouver le mot : adhésion de l'âme. L'adhésion de l'âme fait que nous sommes cet humain et pas un autre, de ce qui nous anime et respire en nous, c'est cela qui nous rend adhérent et nous fait disciples au nom du Christ. Cette décision d'appartenir et de suivre le Christ est une décision qui ne relève que de nous seul. On peut alors se poser toutes les questions de la transmission de la foi, car la famille est le lieu de cette transmission, et en même temps, la foi relève d'une sorte de rapport et de relation personnelle que personne ne peut faire à notre place. C'est cela qui est dit dans nos relations de famille. La bru doit décider pour elle, la belle-mère pour elle-même, le fils, la mère et la fille doivent décider chacun pour eux-mêmes. Ce n'est pas la mère qui doit décider pour la fille, ni la fille pour la mère. Cela on le fait au début, et puis cela relève d'une appropriation personnelle que personne ne peut faire à notre place, sinon un jour, on jette le bébé et l'eau du bain en même temps puisqu'on l'a décidé pour vous.
Peut-être que le Christ effectivement interpelle le lieu où nous avons décidé d'être au Christ, et ce lieu est notre lieu propre, personnel, parce qu'au fond, nous avons accepté qu'on décide pour nous. N'est-il pas temps de reprendre ce choix à notre propre compte ? Ce peut être aussi non seulement les familles, mais l'ambiance ou l'esprit contemporain qui ont décidé pour nous. Cela marche dans les deux sens, pour ceux qui adhèrent et pour ceux qui n'adhèrent pas. Actuellement, c'est plus facile de le dire, puisqu'ils ne sont pas là, mais ceux qui n'y croient pas succombent quelque part à un esprit contemporain où il est de bon ton de penser que l'Église est une affaire ancienne, désuète, etc … Cela marche dans les deux sens.
Frères et sœurs, nous sommes interrogés au lieu où nous avons à décider d'être croyants, disciples. Est-ce que ce lieu est le lieu personnel, ou est-ce que nous allons laisser d'autres décider à notre place, et quelle est la part de notre personnalité dans la foi que nous avons auprès du Christ ?
AMEN