CHOISIR DIVISE !

Za 10, 3-6 ; Lc 12, 39-48

(11 octobre 2003)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

S

i le maître de la maison avait su à quelle heure le voleur devait venir, il n'aurait pas laissé percer le mur de sa maison".

Je ne sais pas comment Jésus fait, mais Il aime multiplier les images pour souligner l'irruption, la grâce, ce qui arrive et qui nous surprend. Je ne sais pas comment il s'y prend, mais Il multiplie les images pour ainsi nous faire entrer dans cette irruption de l'inattendu. Contre nos vies qui s'installent, qui ronronnent doucement, Il multiplie les images pour essayer de traduire sa venue, la venue d'un Dieu qui est inattendu, d'un Dieu qui ne ressemble peut-être même pas à celui qui a habité notre imaginaire. Pour annoncer cette irruption de Dieu, Il parle d'éclairs, comme ces orages qui nous surprennent, Il parle d'intendant surpris par le maître de maison, et Il parle de voleur.

C'est tout à fait particulier de parler de voleur. D'abord, il y a le voleur qui nous vole le portefeuille dans la poche arrière de notre pantalon, et l'on se trouve tout bête, mais il y a le voleur aussi qui vole notre voiture, et l'on est un peu comme les escargots, toucher notre voiture, c'est toucher à quelque chose de nous, et il y a le voleur qui vole dans la maison, celui qui arrive à toucher même l'intimité de notre maison, notre demeure. Au préjudice causé par la disparition de son porte-feuille, ou de choses extérieures à nous, il y a aussi le vol de choses auxquelles on était attaché, de choses qui étaient à nous, et qui en même temps, racontaient aussi toute notre histoire. C'est pour cela que c'est tellement terrible, ces personnes qui découvrent tout d'un coup que leur appartement a été cambriolé, saccagé. Jésus pour traduire sa venue emploie ce terme de voleur qui perce le mur de la maison. A travers sa venue comme un voleur, Il va venir saisir tout ce qui fait notre vie, pas seulement venir en nous sous des aspects extérieurs, mais vraiment saisir ce qui fait notre histoire, ce qui fait la trame intime de toute cette complexité que l'on est chacun. C'est pour cela qu'Il souligne ce voleur dans une maison. Il rentre chez nous, Il ne se contente pas de voler comme de l'extérieur de notre vie, mais Il vient nous voler de l'intérieur. Ce serait terrible si c'était effectivement un voleur comme les autres. Mais c'est un voleur qui n'est pas comme les autres. Il est comme Arsène Lupin, quand il dépouillait, il laissait sa carte visite, et puis il laissait des fleurs. Et Lui, quand Il vient nous visiter, quand Il vient nous prendre, Il laisse aussi des fleurs, Il laisse le parfum de sa grâce. Il est un voleur et en même temps celle qu'il vole, c'est son enfant, son Épouse, Il vole son Église, c'est quelqu'un avec qui Il a tissé des liens. Ce n'est pas un voleur qui serait complètement inconnu de notre histoire, inconnu de nos vies. C'est quelqu'un qui va respecter notre histoire, qui va respecter notre vie, puisque c'est celui qui nous a appelé par notre nom.

Enfin, c'est un voleur qui est tout à fait particulier aussi parce qu'il s'invite. Vous connaissez cette phrase de l'Apocalypse : "Je viendrai chez toi, je prendrai mon repas chez toi", au chapitre troisième, "J'entrerai et je souperai avec toi". Et c'est précisément l'eucharistie qui nous fait comprendre que ce Dieu qui s'invite chez nous, s'Il s'invite chez nous, et si parfois Il semble même tellement arriver en nous qu'on a l'impression d'être vraiment saisi de l'intérieur, s'il s'invite chez nous, c'est pour que nous nous invitions chez Lui.

 

AMEN