LE PREMIER CRI

Ac 1, 12-14 ; Lc 1, 26-28

(7 octobre 2003)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

E

videmment, en prenant le risque d'une prière plus populaire, qui est devenue le Rosaire, on a pris le risque que cette prière devienne plus dévotionnelle, plus émotionnelle, que vraiment théologique. Mais l'Église catholique aime à prendre ce genre de risque, elle ne s'offusque pas de ces mélanges dans lesquels effectivement, peuvent se glisser des superstition non-dites, mais il est toujours bon d'avoir une sorte de "maman", de sainte, les anciens l'avait pensé bien avant nous à travers les déesses-mères, et Notre-Dame de la Garde est une belle figure composite de toutes les déesses qui nous ont précédé avant que celle qui les détrône toutes, Marie, ne l'emporte sur les précédentes, non moins jolies d'ailleurs ni agréables à regarder et à prier.

C'est peut-être plus agréable de prier une femme que de prier des hommes. Je n'en sais rien, mais il s'avère que l'instinct populaire en a placé des millions et des millions de Marie, toutes couronnées et toutes bien vêtues, en différents endroits de cultures très variées, parce que vous avez l'occasion dans la catalogue des prières mariales de trouver autant des noires que des japonaises. C'est l'avantage, Marie est tout à fait transportable, c'est une sorte de prière transportable.

A travers cet humour juste un petit peu acide, il faut bien juste quelques gouttes pour nous éveiller, il y a derrière cette vieille prière à la Mère, et je ne peux pas m'empêcher de penser qu'il y a derrière cette antique prière à la mère le premier cri de l'enfant qui parle à sa mère. Et si cette prière à Marie est si populaire, c'est qu'elle épouse quelque chose de premier dans notre vie. Permettez-moi de faire une rapide parenthèse psychologique, mais notre première prière, a été à maman, d'ailleurs, la dernière, sera aussi à notre mère. Le cri que nous portons, le cri de la plus grande détresse, c'est lorsque nous appelons notre mère. On raconte l'histoire tout à fait étonnante d'un médecin viennois qui boit le sherry ou un alcool un peu fort avec le mari de la femme qui va accoucher dans une autre pièce, et la femme crie : à l'aide, à l'aide ! Et le gynécologue répond : ce n'est pas encore le moment. Alors, elle crie plus fort : au secours, au secours, et il répond encore : non, ce n'est pas encore le moment. Alors cette femme crie : maman, et l'accoucheur dit : je crois que c'est le temps d'y aller.

C'est pour prouver que quand on crie : maman, c'est qu'on n'a pas d'autre occasion, c'est le dernier cri de désespoir. Je crois que la prière à Marie épouse notre premier cri, elle est inaugurale. D'ailleurs, dans l'évangile : "Salut, comblée de grâce", est inaugural de l'arrivée de Dieu dans le monde. Il y a une sorte de coïncidence incroyable entre ce qui monte du cœur de l'homme et qui se tourne irrémédiablement vers celle dont il attend tout le soutien, sa mère, et la manière dont cette mère, la première mère est saluée comme étant le lieu même l'arrivée de Dieu. Au fond, "Salut comblée de grâce", l'Ave Maria, reprend ce qu'il y a de plus mystérieux, de plus inconnu qui est notre première détresse, et en même temps l'ouvre à la manière dont Dieu vient parmi les homme pour nous sauver. Pour une fois, il y a une sorte de correspondance heureuse entre notre psychologie la plus profonde et la manière dont l'évangile s'inaugure : c'est le portail, c'est la clé. C'est pour cela qu'on se tourne vers Marie, et c'est pour la même raison que l'Église n'a jamais méprisé cette prière simple qui est la prière du cœur du cœur, la prière de cette détresse originelle qui nous a saisi lorsque nous étions enfants et qui se renouvelle malheureusement par instants dans nos vies, quand nous sommes démunis et que nous avons besoin de nous tourner vers le salut de Dieu.

Il en ainsi de cet Ave Maria qui épouse ce premier cri primitif que nous avons en nous et qui le transforme en prière, et non seulement le transforme en prière mais nous inscrit dans l'histoire du salut de Dieu et des hommes, dont Maire est la porte d'entrée. N'hésitons pas à prier Marie en entendant à travers tous ces cris, si ce n'est pas le nôtre, ce sera le cri de ceux qui sont en détresse, et ils sont nombreux, et qui ont besoin de notre propre prière pour intercéder pour le salut du monde, comme le fait Marie incessamment pour nous.

 

 

AMEN