EFFICACITÉ DE LA PAROLE

Za 7, 5+9, 14 ; Lc 11, 27-32

(3 octobre 2003)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

e passage de l'évangile insiste donc sur l'importance de l'écoute de la Parole. Ecouter la Parole est plus important, nous dit Jésus lui-même, que d'avoir porté le Christ dans son sein, que d'avoir donné au Christ sa nourriture. Ce n'est pas pour minimiser le rôle de la Vierge Marie, mais c'est pour situer l'endroit exact où il se réalise, Marie n'est pas d'abord celle qui a eu le privilège de porter le Fils de Dieu dans son sein, elle est d'abord celle qui a eu la grâce d'écouter la Parole de Dieu, de se laisser envahir par cette Parole, et c'est cette Parole de Dieu annoncée par l'ange Gabriel qui a fait naître dans sa chair, le Fils de Dieu. Il ne s'agit donc pas d'un privilège, il s'agit d'abord d'une fidélité.

La suite du texte revient sur ce thème de la Parole, car il faut bien discerner cette Parole de Dieu. Ceux qui entourent Jésus sont une génération mauvaise parce qu'ils demandent des signes. Autrement dit, ils demandent une parole qui soit une explication, qui soit une sorte de dévoilement du dessein de Dieu, comme si nous devions marcher à partir de merveilles, à partir de révélations, à partir d'un certain nombre de signes qui nous permettraient à coup sûr de savoir où est la Parole de Dieu. Jésus dit : "Là n'est pas la vraie parole. Ce n'est pas cela écouter la Parole". Ecouter la Parole, dit-Il, c'est discerner le vrai signe, et Il prend comme exemple le signe de Jonas. Jonas, c'est ce prophète de l'Ancien Testament, envoyé à la ville de Ninive pour convertir des païens, et qui a voulu se détourner de cette mission, parce qu'il voulait le salut d'Israël et non pas celui des païens. Il a voulu substituer son idée du salut à celle de Dieu, Dieu voulait sauver les habitants de Ninive, mais Jonas en savait plus que Dieu. Il savait que c'était Israël le peuple élu, et que par conséquent, les païens n'avaient pas droit au salut. Jonas, de ce fait, a été précipité dans la mer par les marins, vos connaissez l'histoire, les marins sur le bateau duquel il se trouvait, parce que son éloignement de la volonté de Dieu avait provoqué une tempête, et il est resté trois jours et trois nuits dans le ventre du monstre, image de la présence de Jésus au tombeau. Renouvelé par cet événement, renouvelé par ce temps qu'il a passé dans le ventre du monstre, et qui est donc le symbole de la mort et de la résurrection du Christ, Jonas a annoncé aux Ninivites la Parole de Dieu qu'il avait d'abord refusé et ces gens ont cru. Autrement dit, la vraie Parole est de savoir comprendre le mystère de la Pâque du Christ, le mystère de ce Christ qui accepte d'être enseveli dans la mort pour pouvoir ressusciter dans la Vie. C'est quand Jonas a expérimenté symboliquement l'annonce de cette Pâque du Christ, que sa parole devient Parole de Dieu et qu'elle convertit les cœurs.

Il ne s'agit pas nous dit Jésus, de chercher des révélations, de chercher des preuves, de chercher quelque chose qui nous permettrait d'être sûr de la Parole de Dieu, mais il faut s'abandonner à celle-ci. Il faut comme le Christ qui a accepté d'être enseveli dans la mort, il faut accepter d'être nous-mêmes ensevelis dans ce mystère qui d'une certaine manière nous oblige à passer par une mort de nos pensées, une mort de nos idées toutes faites, pour découvrir le vrai sens de la Pâque du Christ pour être transformé par celui-ci. Telle est la vraie Parole, telle est la Parole que Marie a entendu, telle est la Parole qui lui a permis de mettre au monde de Fils de Dieu, telle est la Parole qui peut nous sauver.

Frères et sœurs, ne cherchons pas les preuves, mais laissons-nous pénétrer par cette Pâque de Jésus, la Pâque de l'abandon à la mort pour découvrir la vérité de la vie.

 

 

AMEN