ANNONCER LE SALUT DANS LA LIBERTÉ
Za 4, 6 b +7-10 ; Lc 9, 1-9
(24 septembre 2003)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
|
L |
'expérience religieuse, l'expérience amoureuse, le fait de suivre quelqu'un, le Christ, un homme, une femme a souvent comme conséquence de nous poser la question de notre identité et sur la manière dont nous avons à réagir et à vivre avec ceux qui nous entourent. C'est vrai que lorsqu'on vit une expérience forte, je disais, soit amoureuse, dans un couple, une famille, ou soit à la suite de Jésus, comme c'est le cas de tous ces hommes et ces femmes qui suivent Jésus sur les routes de Galilée, le rapport au monde a tendance à se simplifier à l'extrême. C'est-à-dire pour faire bref, il y a du noir, il y a du blanc, pour parler langage informatique, il y a des zéros et des 1, et l'univers, le rapport au monde, à la société, à la religion, et aux autres religions, en fait, tout s'explique d'une manière très simple. Tout devient une équation, et comme à toute équation, il y a une solution. Par conséquent, la réponse à la relation à l'autre se pose en : ou bien, ou bien, soit, ou soit. Il remarquable que Jésus, justement dans ces deux passages, que ce soit pour ceux qui ne le connaissent pas mais qui guérissent, et le passage qui suit pour ceux qui refusent de le recevoir, dans ces deux passages, Jésus refuse de rentrer dans ce jeu simpliste, de la manière dont nous, hommes et femmes nous avons tendance à y mettre la religion.
Quand nous vivons une relation, et qu'elle nous permet de tout expliquer, nous n'avons qu'une seule envie, c'est de la faire partager aux autres, au minimum en l'annonçant, au maximum en essayant de faire rentrer cela dans la tête de l'autre. Si l'autre ne partage pas cette expérience, nous avons l'impression qu'il manque quelque chose pour son salut, et nous aurons peut-être tendance à vouloir l'obliger pour son propre bien, ou alors, le rejeter complètement.
Ici, dans les deux cas, Jésus nous dit tout d'abord : "Qui n'est pas contre vous, est pour vous". C'est une phrase très importante dans notre vie spirituelle, dans notre vie chrétienne, de découvrir qu'il n'y a pas de formatage de l'expérience religieuse, mais que le Seigneur est celui qui se laisse accompagner différemment par chacun d'entre nous. Il n'y a pas de chemin obligé, et notre difficulté vient du fait que Dieu est celui qui est de l'ordre de l'universel, et qui en même temps, est capable de nous aimer chacun comme un cas particulier. Nous, nous avons beaucoup de mal à vivre de cette manière, nous avons beaucoup de mal à aimer les autres comme des cas particuliers, parce que nous avons tout de suite tendance à penser qu'à ce moment-là : je l'aime plus que l'autre, et c'est injuste, et comment faire pour aimer tous ceux qui me sont donner d'aimer de la même manière si ce n'est à ce moment-là de proposer la même relation, identique, en oubliant ce que fait Jésus qui est l'incarnation de la relation et d'accepter que les choses soient différentes et non les personnes. Jésus est celui qui dit dans le premier cas : celui qui n'est pas avec vous n'est pas contre vous nécessairement.
Dans le deuxième texte qui nous est proposé, c'est exactement la même chose. Si mon annonce, ma relation avec Dieu, la manière dont je tisse ma relation avec Dieu et avec les autres, n'est pas reçue, je vais envoyer le feu de la terre sur celui qui me refuse et me rejette. Jésus, lui, passe son chemin.
En conclusion, je crois qu'il ne faut pas faire non plus du politiquement correct quant à l'annonce de l'évangile, car ce serait effectivement un peu facile de dire qu'il ne faut pas proposer aux hommes une relation identique, mais ce n'est pas pour autant que le Seigneur nous invite à dire de laisser les choses comme elles sont et surtout "tout le monde est beau, tout le monde il est gentil", et le politiquement correct serait de dire : toi tu crois cela, si cela te fait du bien, tant mieux. Je crois d'ailleurs qu'au niveau de la laïcité française on est en train d'assister non plus à un anti-cléricalisme virulent, mais quelquefois à une indifférence rampante qui est pire que l'anti-cléricalisme déclaré. Le Seigneur est celui qui nous invite à découvrir que notre relation avec Dieu, si elle nous forge une identité, cette identité n'est pas fermée sur elle-même, elle n'a pas pour but de nous construire contre les autres, mais au contraire, la relation que Dieu nous donne devrait nous aider à aller vers les autres, vers une altérité. Celui qui vit de la manière la plus parfaite la relation à son Père, c'est le Fils unique, Jésus, Fils de Dieu et il est capable à la fois de vivre cet amour total et profond avec son Père, non pas dans un enfermement mais toujours dans une altérité et une ouverture vis-à-vis de tous ceux qu'il est amené à rencontrer sur ces routes de Galilée.
Frères et sœurs, que notre vie spirituelle à la suite du Christ, notre manière d'accompagner le Christ ne soit pas pour nous l'occasion d'obliger les autres, mais au contraire de leur faire découvrir dans leur cœur, dans leur propre expérience comment le Seigneur est à l'œuvre dans leur cœur et dans leur corps.
AMEN