LA NOUVEAUTÉ DU SALUT
Col 3, 16-17 ; Lc 5, 29-39
(12 septembre 2003)
Homélie du Frère Yves HABERT
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ans le passage précédent de cet évangile, Lévi est appelé par Jésus et il décide d'embrasser la foi, il accueille le salut et organise tout de suite un festin. C'est comme une sorte d'écho du festin du fils prodigue, le père a retrouvé son enfant. Donc, Lévi organise un festin avec les publicains, les pécheurs, les apôtres, tout le monde. Et que fait-on dans les festins ? On parle des autres festins, et c'est encore vrai aujourd'hui. C'est souvent comme cela dans les repas, on parle de ce qu'on a mangé ailleurs, de ce qu'on a bu ailleurs, et c'est pareil dans l'évangile, on parle des disciples de Jean qui jeûnent et des disciples de Jésus qui ne jeûnent pas, on parle encore de nourriture dans les festins, comme si le plaisir de la table se dédoublait en parlant précisément de nourriture. C'est comme si on goûtait davantage les aliments en parlant de nourriture et de vin aussi.Jésus va repartir sur cette question qui est posée sur la nourriture, pour utiliser presque des arguments publicitaires. La publicité fonctionne beaucoup sur la nouveauté, et quand la publicité qui est faite précisément pour annoncer la venue d'un nouveau produit, parce que le produit ancien, on le connaît, tout le monde en a déjà eu l'usage, la publicité est faite pour présenter un nouveau produit, et elle s'ingénie sur le registre par exemple de quelque chose qui n'ira pas avec autres chose, comme cette pièce de vêtement qui jure sur le vieux vêtement, et la publicité joue aussi sur la compatibilité, ici, ce sera impossible, cela va déchirer. La publicité joue sur le problème de compatibilité et de la beauté de l'apparence. Jésus va dans cette petite parabole extrêmement courte, cette pièce nouvelle qu'on ne rajoute pas à une pièce de vieux vêtement, parce que cela tire et cela jure, Jésus utiliserait des arguments de la publicité. Il redouble cette affirmation par le vin nouveau et les vieilles outres, et là aussi il y a une affaire de compatibilité, c'est comme le fait d'acheter une vieille carcasse de voiture pour simplement changer le moteur, un moteur plus puissant risquerait de mettre à mal la vieille carcasse, ou telle carte graphique n'ira pas avec l'écran plat que l'on a acheté.
Mais en reste-t-on simplement à une affaire d'argument, de camelot, de publicité pour présenter la nouveauté de l'évangile qui vaut quand même plus cher, pour présenter la nouveauté du salut qui va plus loin pour présenter cette radicale nouveauté de ce banquet des pécheurs qui sont invités ? Je ne le crois pas, à cause de cette dernière phrase qui est propre à saint Luc où l'on dit que quand on a du vin nouveau et du vieux, on préfère le vieux. Cette nouveauté de l'évangile n'est pas une nouveauté dans le sens d'un nouveau produit qui paraît sur le marché des religions, et qui est quelque chose à quoi il faut adhérer parce qu'il n'y a absolument plus rien qui s'accorde avec et qu'il faut absolument posséder ce produit-là. Non, mais cette nouveauté de l'évangile se situe du côté du goût, et d'un goût qui a quelque chose de très profond, qui se rattache à cette terre, qui se rattache à cette manière de s'adresser à Dieu, qui se rattache à toute la longue tradition juive, à toute cette longue patience de Dieu, ce départ d'Abraham dans la nuit, ces prophètes qui ont crié, ces sages qui ont écrit. Jésus dans cette phrase nous dit que cette nouveauté du salut s'inscrit profondément dans l'Alliance et qu'on ne peut pas au nom de la nouveauté du salut, balayer complètement l'ancienne Alliance, et que cela n'irait pas.
AMEN