LE JOUR DE SA VENUE

Ap 5, 1-10 ; Lc 17, 22-37

(6 novembre 2002)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

E

st-ce que vous vous préparez au retour du Fils de l'Homme ? Si vous vous posez la question comme les disciples : "Où cela se passera-t-il ?" Le Seigneur répond sans ambiguïté : "Là où est le corps, là seront les vautours".

Ce passage peut paraître d'abord un peu com­pliqué. Il me semble que pour les disciples aussi bien que pour nous, la difficulté réside toujours dans le fait que nous plaçons plus facilement le retour du Christ dans l'avenir. Il faudrait, même si le mot "retour" fait penser à l'avenir, le placer dans le passé tout d'abord. En somme, ce qui précédait ce passage d'évangile est une phrase éclairant, puisque Jésus dit après avoir parlé de toutes les paraboles qui parlent de la venue du Royaume de Dieu, Il dit : "Car voici que le Royaume de Dieu est au milieu de vous". En effet, tout ce qui concerne notre avenir est déjà inscrit dans un événement passé, s'actualise et ouvre à un avenir. Lorsque Jésus parle du Jour du Fils de l'Homme, Il dit d'abord que le Christ doit souffrir, mais il faut qu'il souffre beaucoup et qu'il soit rejeté par cette généra­tion. Il me semble alors que tout ce que nous écoutons ensuite de ce texte, "là où est le corps, sont les vau­tours", à travers "le Royaume de Dieu est au milieu de vous", et "le Christ doit d'abord beaucoup souffrir", éclairer toutes ces images que nous utilisons qui sont proclamées dans l'évangile, concernant le feu, les catastrophes, les tremblements de terre, astres qui tombent, que nous entendrons au fur et à mesure de manière plus prégnante alors que nous allons un jour, dans quelques semaines, célébrer la venue du Fils de Dieu.

Oui, parce qu'en somme, ce qui donne sens à tout ce que l'on appelle dans ces images, de type apo­calyptique, ce qui donne sens, c'est ce qui s'est passé en Christ, c'est le fait que justement, Il ait beaucoup souffert avant qu'Il soit passé par la croix, et qu'il entre dans la gloire. Cela ne s'adresse pas simplement aux hommes qui ont regardé et vu le Christ passer par sa Passion, mais concerne chacun d'entre nous. Car la croix devient la clé de lecture de tout ce qui ensuite se passe. Toutes ces images,où l'on nous dit : "on man­geait et l'on buvait comme aux jours de Noé, et puis, c'est tombé sur eux d'un seul coup", aux jours de Lot, "une femme sera prise, l'autre laissée", tout cela nous montre qu'un passage est en train de se réaliser, qu'il y a un bouleversement, qu'il y a un changement, que la radicalité de la venue du Fils de Dieu, elle va s'éprou­ver du coup, dans nos vies, et pas dans n'importe quel lieu, mais dans nos corps. Dans nos corps appelés à passer avec le Christ de la mort à la vie. En somme, tout ce que dit Jésus, c'est : ce que je vais vivre, c'est ce à quoi vous êtes appelés vous aussi, vous êtes ap­pelés à passer par des tribulations, mais non pas parce qu'elles seraient des signes terribles qui marqueraient bien que je viens, mais parce que dans chaque vie, s'inscrit au moins un passage, ce passage des ténèbres à la lumière, ce passage de la mort à la vie, ce passage de notre corps mortel à notre corps glorieux.

Aujourd'hui, vivre en chrétien, c'est justement avoir conscience que le Royaume de Dieu est bien au milieu de nous et que désormais parce que ce Royaume de Dieu est au milieu de nous, nous som­mes comme d'autres christs, d'ailleurs, nous portons le nom de chrétiens. Peu à peu dans notre vie se dessine notre visage d'éternité, mais il faut pouvoir sculpter la pierre brute pour qu'apparaisse le visage, mais il faut que peu à peu se dessinent les traits de cette gloire. Les sacrements nous y aident et nous y préparent, l'événement central de la Pâque de Jésus est pour nous la conjugaison de notre vie et ce passage de toute façon, difficile à vivre, nous l'accomplirons vraiment en achevant notre baptême dans notre mort pour pas­ser à la vie de Dieu.

Que Jésus-Christ non seulement nous appelle à contempler ce que sera son jour, mais déjà à le comprendre et à le vivre aujourd'hui, ce jour, comme l'événement du Salut.

 

 

AMEN