LA FOI QUI SAUVE

Ap 4, 1-11 ; Lc 17, 11-19

(5 novembre 2002)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

I

l faut comprendre cette histoire de lépreux qui revient, et des autres qui ne sont pas revenus, ce qui permet de faire un détour par une expérience que l'on a tous faite, celle du service après vente. Vous avez acheté un moulin à café magnifique, ou mieux, un bel ordinateur, et puis, cela ne marche pas. Vous arrivez, vous faites la queue, vous êtes partagé par un sentiment de colère, peut-être de se dire qu'on avait fait quelque chose qui n'allait pas, et vous êtes là avec votre appareil. Vos subissez les reproches du technicien qui est là que vous avez fait une fausse manœuvre, que cela n'arrive jamais, que c'est la pre­mière fois que cela arrive. En échange d'un ticket, vous perdez votre appareil pour un certain temps. Mais quand l'appareil marche, vous n'avez aucune envie d'aller fréquenter les services après vente de Carrefour, parce que votre appareil fonctionne, vous n'avez aucune raison d'aller faire vos présentations ou d'aller saluer ces gens qui sont dans leurs ateliers. L'appareil fonctionne, tant mieux.

C'est la même chose d'ailleurs pour la santé. Quand vous allez voir le médecin, vous êtes malade, mais quand vous êtes guéri, vous l'allez pas le revoir. Il vous a guéri, et ce serait un peu incongru d'aller le voir en lui disant : je suis guéri, bonjour docteur et au-revoir. Il n'y a aucune raison à retourner voir son mé­decin parce qu'on a été guéri. On dit qu'en Chine, les médecins sont payés quand les malades sont en bonne santé.

Cela peut nous aider à comprendre cette af­faire de lépreux qui revient, parce que ce n'est abso­lument pas naturel. C'est un mouvement spontané : je suis guéri, je vais courir, et je vais accomplir ce qu'il faut puisque la lèpre est une maladie assez connue, et ce n'est pas nécessairement la lèpre au sens clinique d'aujourd'hui, il peut aussi y avouer des affections de peau. C'est tellement courant que la Torah précise qu'il faut aller faire une offrande au prêtre. C'est donc quelque chose de tout à fait classique, les neuf autres sont allés présenter leur offrande au prêtre et puis ils ont délivrés de leur mal et bien contents. Mais il y en a un qui revient. Et Jésus va demander à ce lépreux : "Est-ce que les neuf autres n'ont pas été guéris. Où sont-ils ?" Pour faire comprendre que c'est la foi qui a guéri ce lépreux. "Relève-toi, ta foi t'a sauvé". La lèpre est une maladie de peau qui éloignait, les cré­celles sont encore présentes dans l'arrière fond de toute notre culture avec leur crissement et les lépreux dont on s'écartait et dont s'est rapproché saint Fran­çois. La lèpre était une coupure dans l'amour, il n'était plus possible d'aimer son frère, ni même Dieu, on était rejeté. Ta foi t'a sauvé, cela veut dire : te voilà maintenant guéri d'une lèpre peut-être encore plus grave que la lèpre qui te coupait de tes frères, c'est la lèpre du péché, celle qui t'empêchait d'aimer, et maintenant tu peux aimer ton Dieu et te prosterner devant Lui.

Je crois que c'est cela que le Seigneur veut nous faire comprendre à travers ce miracle, et tout d'un coup cette référence à la foi, alors qu'au départ, il n'y a pas de référence explicite à la foi. Mais à la fin quand il revient, ce lépreux Jésus lui dit : "Relève-toi, ta foi t'a sauvé". Et il me plaît d'imaginer, vous avez vu ces vingt-quatre vieillards qui se prosternent dans l'Apocalypse, il me plaît assez d'imaginer un vingt-cinquième, un lépreux avec une chair de jeune homme qui se prosterne aussi devant le mystère du Dieu fait homme.

 

 

AMEN