LE SIGNE DE JONAS
Esd 6, 15-22 ; Lc 11, 27-32
(11 octobre 2002)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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rères et sœurs, Qu'y a-t-il donc de commun entre Jonas, un prophète juif, la reine de Saba, reine, une goïm, une païenne, Puis Jésus, Fils de Dieu ?
Je crois que chacune de ces trois personnes a fait l'expérience un jour, de l'intrusion, d'une surprise dans la relation avec les autres, qui a absolument tout changé dans leur vie.
Jonas, celui qui est choisi par Dieu, envoyé à Ninive, pour annoncer la destruction de la ville aux ninivites. C'est clair, c'est net, d'ailleurs, c'est tellement clair dans l'esprit de Jonas qu'il a très peur de se faire trucider à Ninive, et par conséquent, il refuse d'obéir à Dieu et de partir faire cette annonce. Et ô surprise des surprises, Jonas voit s'accomplir ce qu'il n'imaginait absolument pas, c'est-à-dire que l'accomplissement de la fureur de Dieu devient le salut total de Ninive. Il était venu pour dire que Ninive allait être détruite, et en fait, Dieu sauve Ninive. Le pauvre Jonas ne comprend pas très bien, ce qui a le don de l'exaspérer.
La reine de Saba, elle aussi, va voir s'accomplir ce à quoi elle ne s'attendait pas. Elle a entendu dans son pays, dire qu'un homme était relativement sage. Elle n'y croit qu'à moitié. Comme Jonas, elle va éprouver la situation. Elle part, et elle veut voir si véritablement cet homme est aussi sage qu'on lui avait dit, ce qu'elle ne croyait pas. Elle pensait le prendre en défaut, et elle découvre un homme, un roi, Salomon, aussi sage, si ce n'est plus que ce qu'elle pouvait l'imaginer. Là encore, elle voit s'accomplir ce qui dépassait son entendement.
Le Fils de Dieu prend chair, descend sur cette terre pour rencontrer les hommes, Il a lu dans le regard des hommes, Il a écouté le cri des hommes, avec son Père, au long des siècles, Il a découvert dans le cœur des hommes, ce désir fondamental, l'appel à découvrir Dieu dans la vie de l'homme, l'appel du salut, de cette soif de l'homme pour Dieu. Des hommes l'ont crié en son nom, les prophètes, des hommes l'ont écrit et chanté, dans les psaumes, et Jésus est témoin de quelque chose qu'Il n'imaginait pas possible, c'est-à-dire, il découvre le rejet de Dieu. La troisième relation, la troisième rencontre, la surprise se fait totalement en négatif. Jésus s'attendait à voir des hommes et des femmes ayant faim, de ce qu'il vient annoncer, et Il voit des hommes et des femmes qui n'ont faim que d'eux-mêmes et de ce qu'ils pensent que Dieu devrait leur donner. Et Jésus se retrouve aux prises, un peu comme une star vis-à-vis de ces foules dont il est question au début de cette péricope d'évangile, être fait ou être défait par les foules et par les médias. Pour une fois, cela ne marche pas.
Pour une fois, cette relation qui partait sur des choses dont on était sûrs qu'elles allaient advenir, comme pour Jonas, comme pour la reine de Saba, ce dont on pensait qu'il était normal que cela arrive dans cette rencontre, une des deux parties va refuser de se laisser prendre par la surprise. La partie qui refuse justement d'être surprise par l'autre, et bien, c'est l'homme. Dieu s'attendait à voir le cœur de l'homme ouvert et il découvre un cœur fermé. Nous sommes exactement au lieu même de l'anti-circoncision. La circoncision, c'est cette opération justement qui fait mettre à nu ce qui est au cœur même de la relation entre l'homme et la femme. Ce que Dieu dit dans cette circoncision du cœur, justement, c'est de découvrir et d'accepter d'être à nu dans cette relation avec Dieu. En fait, Dieu donne à l'homme, par sa grâce, la possibilité de vivre à nu, donc avec beaucoup de risque, puisque quand le cœur est à nu, il risque de prendre des chauds et des froids, dans ce que nous pouvons expérimenter dans notre vie, c'est-à-dire que nous refusons de l'envelopper d'un petit confort spirituel ou moral, et nous acceptons de le laisser à tous vents, vis-à-vis de toutes relations possibles. Nous acceptons d'être comme Jonas de nous laisser surprendre à un moment donné, par le salut que Dieu donne à tout le monde. Nous acceptons de nous laisser surprendre comme la reine de Saba qui découvre que les "on-dit" ne reflètent pas toujours la vérité de la personne. Des hommes et des femmes qui sont face à Dieu, dans ce cas-là, sont des personnes qui refusent cette circoncision du cœur, qui refusent de vivre cette opération de vivre à cœur ouvert avec ce Dieu qui vient nu, face à eux, tel un homme, sans rien. Ils refusent parce qu'ils attendent de Jésus, c'est uniquement des signes, c'est uniquement des miracles. Et Jésus est celui qui vient sans rien, les mains ouvertes, leur annoncer un nouveau dialogue et leur dire que le Dieu qu'ils imaginaient n'est pas le Dieu qui est.
Frères et sœurs, que cette rencontre entre Jésus et les foules nous fassent réfléchi sur notre propre rencontre avec Dieu dans notre cœur. Est-ce que ce Dieu que nous invitons et que nous laissons entrer dans notre cœur est vraiment le Dieu tel qu'Il est, Dieu sachant toujours nous surprendre, ou bien est-Il notre propre idole que nous aimons regarder et enrichir avec notre propre nous-mêmes.
AMEN