UNE PAROLE QUI NOUS CONSTITUE
Esd 3, 1-6 ; Lc 8, 16-21
(3 octobre 2002)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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ette dernière phrase peut nous sembler un peu sèche et difficile : "Ma mère et mes frères ce sont ceux qui écoutent ma Parole et qui la mettent en pratique", risquerait d'attirer notre attention sur la question de la pratique et de mettre en opposition, comme on aime à le faire souvent, la Parole et la pratique de la Parole. C'est vrai qu'il ne suffit pas de dire, il faut aussi faire. Donc, faisons, et taisons-nous, c'est bien mieux ainsi, et c'est de cette manière que l'évangile sera proclamé sur les hauteurs du monde.
Ceci dit, ce qui est présent dans ces deux passages de l'évangile, sur la lampe et sur la vraie parenté de Jésus, c'est véritablement la Parole. La Parole, ce souffle, ce lieu d'échange absolument vital entre les personnes humaines. Nous sommes actuellement dans un monde, comme le disait un auteur, l'humanité semble être assiégée véritablement, non pas par des extra-terrestres, non pas par la nature, non pas par un principe extérieur à lui, mais nous sommes dans un système où l'humanité est assiégée par l'humanité elle-même. Qu'est-ce qui fonde le fait que nous soyons de la race humaine, et non pas un chien, une girafe, que sais-je encore ? Les auteurs passent leur temps à expliquer que l'humanité n'a pas en soi, de principe. C'est ainsi que des gens vont vous expliquer que l'intelligence artificielle, développée aujourd'hui par les ordinateurs, est telle que dans quelques années, on peut considérer d'un certain point de vue, que des ordinateurs auront atteint une pensée égale à la pensée de l'homme, et que si l'homme se définit par son intelligence, on ne voit pas pourquoi les ordinateurs ne seraient pas qualifiés d'hommes.
D'autres auteurs mettent le combat contre ce principe de l'humanité sur la question du corps, sur la capacité à utiliser des organes venant d'animaux et de les transplanter chez les hommes. Ils disent alors : voyez, l'homme n'a pas de principe, puisque au cœur même de son corps et de ce qu'il est, on peut faire des échanges entre les animaux et l'homme, donc, l'homme n'est qu'un animal un peu plus évolué.
Le dernier combat, c'est le combat qui touche le langage. Et là aussi, il y a beaucoup d'auteurs qui vont nous expliquer à l'aide de reportages à l'appui, que ce qui constitue l'homme c'est la parole, soit, mais on voit très bien que dans la nature, il y a des animaux qui possèdent un certain langage, et donc, on ne peut pas dire que ce soit uniquement le langage qui définit l'homme en tant que tel. C'est ainsi que dans notre société se développe tout un type de pensée, dans plusieurs directions, au sujet des animaux, de la technique, de la médecine, où à la fin, il ne reste plus rien de l'homme. Il ne reste plus rien du principe de l'humanité et de ce qui constitue l'homme.
Justement, dans ce passage de l'évangile, Jésus rappelle bien ce qui constitue la personne humaine, à savoir cette parole, ces mots qui circulent entre celui qui parle et celui qui écoute. Cela va même plus loin que le simple dialogue, puisque cela constitue la filiation et la famille. Ce que Jésus dit à la fin de l'évangile, ce n'est pas de haïr ses parents, ses frères, ses sœurs, et les laisser tomber pour aller uniquement vers les étrangers, mais il dit que ce qui sonique l'homme, c'est certes sa première naissance, qui est une naissance physique, venue de ses parents, c'est son premier commencement, et que cela ne suffit pas pour le faire homme. On le voit bien quand on parle des petits enfants sauvages, des enfants abandonnés au milieu des animaux, il y a quelque chose qui leur manque et qui est de l'ordre de la parole. Ce qui va constituer la personne, comme fils et fille, d'abord de ses propres parents, et aussi fils et fille de Dieu, c'est la capacité d'entendre ce que dit quelqu'un qui vivait avant moi et qui s'appelle mon père et ma mère, et quelqu'un qui est là de toute éternité, qui est Dieu, et qui me parle.
Nous n'avons jamais à oublier ce qui nous constitue véritablement, et qui est cette parole, désir de parler et de donner à l'autre ce que nous avons sur le cœur. C'est ce que dit Jésus aussi quand Il parle de cette lampe qu'il faut poser sur un lampadaire pour que ceux qui entrent voient la lumière, "car rien n'est caché qui ne deviendra manifeste". Le Christ nous encourage à sortir cette parole que nous avons au fond du cœur, nous n'osons pas toujours dire, alors qu'en la disant, d'abord elle nous constitue nous-mêmes et surtout, elle aide les autres à se constituer. C'est cette œuvre que Jésus fait quand sur terre, Il est venu visiter les hommes, et leur a donné cette Parole à travers un enseignement et à travers des paraboles.
Au moment où nous allons partager le pain et le vin, le corps et le sang du Christ, rendons grâces à Dieu de ce don qu'Il nous fait de son corps et de son sang, soit inséparable, indissoluble de sa Parole.
AMEN