L'AMI VÉRITABLE
Rm 15, 7-13 ; Lc 6, 39-45
(25 septembre 2002)
Homélie du Frère Yves HABERT
|
L |
e petit titre de la Bible dit à propos de ce passage de l'évangile que nous venons d'entendre : conditions du zèle. Il y aurait donc un zèle qui serait importun ? Il y aurait donc une manière d'être zélé pour Dieu qui soit importune ? Ou de se soucier de son frère ? On y parle d'un aveugle qui guide un autre aveugle. On parle peut-être de ces personnes qui s'empressent de guider un aveugle, alors qu'il peut très bien avancer tout seul, qu'il a l'habitude de passer par ce chemin-là et qui se jettent sur lui quitte à le renverser pour le faire traverser, peut-être contre son gré, il n'avait pas envie d'aller par là ! On y parle de cette poutre, de cette paille, cette parabole évidente. On y parle aussi du cœur. On voit bien que l'adresse vise directement ceux qui voudraient s'imposer à l'autre, qui ne voudraient pas d'abord rentrer dans une relation d'amitié qui est le préalable à tout zèle pour Dieu.
Le défaut des pharisiens, (et des pharisiennes, on n'en parle pas dans l'évangile, c'est Mauriac qui en parle), c'est d'être importuns pour Dieu. Jésus veut les faire entrer d'abord dans cette sorte de préalable de l'amitié. Deux caractéristiques de l'amitié qui me reviennent à ce propos, c'est que l'amitié si elle est vraie, n'exige pas forcément la présence de l'autre dans l'immédiat, la présence permanente de l'autre. L'amitié si elle est vraie, se contente très bien de savoir que l'autre existe, et elle se nourrit de l'existence, de la vie de l'autre, de ce que l'autre fait, même s'il n'est pas forcément à mes côtés, même s'il est à quelque distance de moi. La véritable amitié ne suppose pas la présence de l'être aimé dans l'entourage immédiat, elle permet en quelque sorte à l'être aimé, de vivre, d'être lui-même. Mais ce qui est très intéressant dans l'amitié et ce qui nous permet d'y trouver le réconfort de toute notre vie, c'est de savoir que l'autre existe et que l'on peut compter sur lui, que l'on peut tirer la sonnette, que cette personne est là. Mais on ne doutera jamais de son absence, même si on n'est pas là l'un à côté de l'autre. On sait qu'il est là, qu'on peut compter sur lui, c'est peut-être cela que les pharisiens ont du mal à comprendre, parce qu'ils voudraient rapprocher tellement Dieu, d'eux-mêmes, qu'ils ne feraient plus qu'un, alors que c'est très important de savoir que Dieu existe, que nous sommes dans une relation d'amitié avec Lui, mais que Dieu n'est pas immédiatement tout près de moi, mais on sait qu'Il est là et qu'on peut compter sur Lui. C'est la première chose.
La deuxième, c'est que seul à un ami, on va révéler sa faiblesse. A toutes nos connaissances, à toutes les personnes que nous fréquentons habituellement, on porte plus ou moins un masque qui nous permet d'être un peu supportables, et aimable peut-être aussi, avec les personnes qui nous entourent, on a tous une certaine façon d'être, de se comporter. Mais c'est véritablement avec l'ami qu'on va pouvoir révéler aussi sa faiblesse, la blessure de son cœur, ce qui nous touche profondément, même si là aussi il faut avoir de la discrétion, et qu'il n'est peut-être pas bon de révéler toute sa faiblesse à son ami. C'est seul l'ami qui pourra nous aider à voir la paille qui est dans notre cœur. L'ami importun, l'ami qui n'en est pas un, va arriver avec ses gros sabots et va vouloir avec une tenaille enlever une paille dans notre œil, c'est une chose horrible. Tandis que l'ami véritable pourra être là, et dans la discrétion savoir peut-être révéler aussi notre faiblesse, et nous aimer à cause de notre faiblesse, nous aimer parce que nous sommes comme cela et qu'il n'a pas en face de lui un ami rêvé.
C'est cela me semble-t-il, qui est le grand tort de ces pharisiens, c'est qu'ils n'ont pas eu comme préalable, cette amitié, qui suppose discrétion, révélation, qui suppose du temps, qui suppose que l'autre ne soit pas toujours immédiatement à mon service, qui suppose qu'on mette infiniment de délicatesse dans toutes nos relations.
Demandons à Dieu de vivre de cette amitié, Lui qui, puisque la Maître n'est pas au-dessus de son disciple, nous a prouvé sur la croix, tout l'amour qu'Il a pour nous, en épousant notre faiblesse même, pour être aimé aussi.
AMEN