LA FIN D'UN RÈGNE

Rm 13, 11-14 ; Lc 4, 31-37

(19septembre 2002)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

L

e monde s'était endormi doucement, comme dans la nuit. Les démons avaient pris posses­sion des antres, des cavernes, des grottes, puisque personne ne s'opposait à leur arrivée. Ils ont pris possession des hommes, de leurs maladies, de leurs rêves. Il leur semblait qu'ils pouvaient ainsi ré­gner pendant mille ou deux mille ans. Le monde allait doucement son chemin, mais comme menacé de l'in­térieur par ceux qui voulaient sa perte.

Et quelqu'un vient sans faire de bruit non plus, le ciel se déchire. Quelqu'un vient, homme parmi les hommes, formidablement homme, et qui évidemment sans avertir ceux qui avaient pris posses­sion du monde, s'avance comme le futur vainqueur. On entendait hier qu'il s'inscrivait dans la grande continuité de cette Ecriture et de cette Parole : aujour­d'hui cela s'accomplit, Je suis ! C'est la clé, le sésame qui commence à effrayer les démons qui étaient en place et puis la première rencontre qui n'est plus une rencontre formidablement humaine mais une ren­contre formidablement divine. C'est la rencontre avec un des démons qui le reconnaît. Comme si déjà dès le début, tout se disait de la fin. Tout se disait de cette descente aux enfers que le Christ vivra entre sa mort et sa Résurrection quand Il ira délier l'homme qui ne se savait pas enchaîné.

Si j'étais à cet instant en vous parlant, un or­ganiste, ce que je ne serai jamais, je déploierais tous les jeux d'orgue. Cette scène si intime, si précise, si stylisée : "Que nous veux-tu ? Tu es venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es. Tu es le Messie, le saint de Dieu". Et Jésus répond : "Tais-toi ! et sors." Cette phrase va venir comme cela telle un refrain tout au long de l'histoire. "Tais-toi ! C'est moi qui parle car c'est moi le Verbe. Tu croyais impunément que tu tiendrais ce monde, mais c'est la Parole qui est la plus forte, c'est cela la victoire".

Cette scène de saint Luc est d'une grande in­tensité, et d'une profonde expression. On entend ce formidablement humain se dévoiler comme un extra­ordinairement divin. "Quelle parole, disent-ils. Il commande avec autorité et puissance aux esprits im­purs et ils sortent". Et ils sortiront ces esprits, pour aller simplement mourir ou se perdre dans les trou­peaux de porcs, que nous verrons quelque temps plus tard, et se noyer dans la Géhenne, dans le feu éternel, et c'est Dieu qui sera vainqueur. C'est l'évangile qui nous le dit et qui annonce le Verbe qui vient sur cette terre.

 

 

AMEN