L'INITIATIVE VIENT TOUJOURS DU CHRIST
Rm 13, 8-10 ; Lc 4, 22 b-30
(18 septembre 2002)
Homélie du Frère Yves HABERT
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I |
l s'agit de contempler Jésus, de le voir agir, et peut-être aussi pour chacun d'entre nous, de l'attendre au tournant, comment va-t-il faire ? Il est vraiment chez lui, Il est dans son village, Il est au milieu des siens. Que va-t-il faire ? Il est allé à l'église, le prêtre lui a demandé de faire la lecture, Il a fait la lecture, Il a prononcé une des homélies les plus courtes de toute l'histoire de l'Église. Après avoir lu le passage du livre d'Isaïe, Il a simplement dit aux gens : "Aujourd'hui, c'est maintenant que s'accomplit la Parole". Il a réalisé les trois qualités de toute homélie, c'est-à-dire court bref et pas trop long.
Va-t-Il s'installer ? Alors que tout le monde dit que les paroles qui sortent de sa bouche sont merveilleuses et que tout le monde est en admiration devant ce fils du village. Est-ce qu'il va s'enfermer dans cette admiration, est-ce qu'il va s'y installer et rester dans le cocon ? Non. Ce qui est extraordinaire, c'est qu'Il va prendre l'initiative, deviner, et conduire cette assemblée beaucoup plus loin. Il va même jouer les provocateurs : "Médecin guéris-toi toi-même, aucun prophète n'est bien reçu dans sa patrie". Il va provoquer jusqu'au bout en disant que le salut est ouvert même à ceux qui ne sont pas d'Israël, du village ou du pays. C'est lui qui a l'initiative. Dans cet aujourd'hui qui ouvre sa mission et l'aujourd'hui de l'évangile, qui est encore notre aujourd'hui à nous, Il a bien l'intention de prendre l'initiative et de la garder. C'est assez beau, parce que dans notre vie spirituelle, nous voudrions parfois reprendre l'initiative, comme dans une partie de tennis, reprendre le service. Jésus, même dans sa patrie, dans le lieu où Il aurait pu être récupéré le plus, où Il aurait pu facilement perdre l'initiative, non, Il tient absolument à garder le service, c'est Lui qui envoie les balles.
Dans notre vie spirituelle, c'est vraiment un critère, qui ouvre le jeu ? Est-ce moi, ou est-ce Lui ? Qui va lancer partie ? On va passer très vite dans une seule homélie par toutes les réactions possibles : l'admiration, la fureur, même la haine et la violence. Les gens du village conduisent Jésus sur un escarpement, c'est exactement comme dans le récit qui précède la tentation au désert, où le diable conduit aussi Jésus sur un escarpement. Le diable veut reprendre l'initiative dans la tentation, il veut proposer à Jésus d'épater la galerie, de se jeter du haut du Temple et de voler, avec les anges qui le soutiennent. Ici, c'est pareil, on veut le forcer à descendre. Mais Jésus garde l'initiative, et cette initiative qu'Il déploie dans cet aujourd'hui de son commentaire de la Parole, dans cet aujourd'hui de l'évangile, Il veut surtout manifester déjà l'Heure. Il y a l'aujourd'hui de l'évangile, mais aussi l'Heure : "Voici l'heure est venue, c'est maintenant l'heure où le Fils de l'homme va être livré". Ainsi, en manifestant son initiative dans l'aujourd'hui, Il annonce déjà l'initiative qu'il aura au moment de l'Heure, au moment où on vient chercher le Fils de l'homme dans le jardin, on le conduit, on le cloue à la croix. Jésus est fascinant dans ce mouvement, c'est une force que rien ne peut arrêter. Rappelez-vous dans l'évangile de saint Jean, quand on vient l'arrêter, il dit : "C'est moi !" Là encore, Il garde l'initiative.
Contemplons cette figure de Jésus qui loin d'être un Jésus passif, qui se laisse entraîner, qui se laisse saisir, qui se laisse capturer et enfermer. Au contraire, c'est quelqu'un qui part vers l'avant, qui nous entraîne, qui ne veut pas s'arrêter en chemin. Il ne lâche l'initiative qu'à un seul moment, c'est quand Il est mis au tombeau, là, Il laisse toute l'initiative au Père. Lui qui montre un tel débordement d'invention et de dynamisme, il y a un moment où Il va laisser toute l'initiative, mais c'est à son Père.
AMEN