QUE RETENTISSE LA VOIX DU VERBE !
Rm 13, 1-7 ; Lc 4, 14-22 a
(17 septembre 2002)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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e monde est à la fois bon et mauvais, mais il est surtout tout à fait préoccupé de lui-même. Il n'y a pas, dans le bruit que font les hommes dans le monde, de place pour une autre parole que la parole des hommes. Le principal défaut du monde justement est d'être autosuffisant. Il nous occupe, nous l'occupons, nous nous y désespérons, nous continuons, et il faut imaginer que jamais le monde ne s'offrira la possibilité d'entendre une autre parole que la sienne. Il faudrait pour cela que le monde suspende un instant de sa vie pour qu'on entende le bruit que ferait le Verbe en descendant sur la terre.
J'ai en arrière pensée les propos d'une jeune mariée du Kazakhstan, que j'ai préparé au mariage et qui me racontait que dans ce pays de Kazakhstan, anciennement musulman, d'ailleurs, il n'y avait plus aucune trace du mot : "Dieu". A tel point que c'est en fréquentant une église dans une autre partie de la Russie, qu'elle avait sur un banc, au fond d'une église pentecôtiste, lu quelques propos écrits par des témoins de Jéhovah, et que cela avait fait l'effet d'une bombe dans sa tête, comme une nourriture dont elle ignorait dont elle était affamée, et qui venait combler son âme comme cela, en un instant. Nous qui sommes dans un pays plus ouvert, dans lequel les mots de Dieu peuvent être dits et entendus, nous ne pouvons pas comprendre à quel point des gens ont vécu dans l'absence totale de religion, meurent sans savoir qu'ils meurent de cette absence. Cette jeune mariée avait fait un chemin très chaotique et ésotérique en matière de chrétienté, elle avait des connaissances, mais qui la comblaient, qui ouvraient son appétit.
Il faut imaginer parallèlement, quand le Christ vint parler en Galilée, c'est la même puissance qui se déploie, non pas que la Galilée n'entendait pas le nom de Dieu, mais c'est le Verbe qui se fait en entendre dans tout son déploiement. On peut donc imaginer que les hommes, dans leurs oreilles et dans leurs yeux étaient vierges de toute attente d'un Verbe qui vienne réveiller, susciter et épanouir leur vrai sens spirituel. Pourtant, Jésus ne joue pas d'emblée des grandes orgues. Il ne déploie pas le Verbe qu'Il est sur les grandes orgues de la manifestation et de la révélation, Il commence par un registre très humble et très fin, là où Il était, Nazareth, et Il lit la Parole. Il reprend la Parole là où elle semble s'être interrompue pour en ouvrir la continuité, pour prouver qu'il y a continuité et qu'Il est dans cette tradition-là. Ecoutez cette phrase : "Alors, Il replia le Livre, Il le rendit au servant et s'assit." Ce moment-là, cet instant-là pour que l'homme reconnaisse que le Verbe est descendu. "Tous dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur Lui." Il est peut-être là le temps de l'évangélisation, le temps de la manière dont on peut suspendre le monde occupé de lui-même, préparant une place pour qu'il puisse entendre qu'il y a quelqu'un d'autre.
Et nous sommes là, nous, en avant-poste. Nous avons les yeux fixés sur Lui, nous le voyons assis, et nous entendons sa Parole. Pour éviter l'inévitable orgueil de nous sentir mieux que ceux de dehors, puisque nous sommes à la messe, il faut donc que nous définissions note rôle ici. Nous ne sommes pas là pour nous. Si nous sommes là pour nous, nous faisons fausse route, nous faisons de la cuisine interne, c'est la pire. Nous sommes en ambassade, nous n'y sommes pour rien, nous n'avons aucun mérite, nous sommes en ambassade pour le monde. Nous ne sommes pas non plus des conquérants ni des proclamateurs. Il y a quelque chose qui doit se lire en nous de ce que nous vivons ici, et se lire presqu'à notre insu. De cette présence dont nous sommes les porte-lumière, les porte-parole dans le monde qui a besoin d'entendre une autre respiration que la sienne, qui est celle de Dieu, qui l'attend et qui veut l'amener plus loin. Nous le savons et nous le confessons ici.
AMEN