JÉRUSALEM SERA SAUVÉE
1 M 6, 55-62 ; Lc 14, 15-24
(23 octobre 2001)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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e bref passage d'évangile est centré autour de Jérusalem. Dans la première partie, Jésus qui est en marche vers Jérusalem et qui ne veut pas soustraire à la colère d'Hérode, résume en quelque sorte son itinéraire en disant : "Aujourd'hui et demain, je chasse les démons et accomplis des guérisons". C'est la prédication du Salut symbolisée par cette oeuvre de guérison et de lutte contre le Mal. "Et le troisième jour, dit Jésus, Je suis consommé". Ces trois jours qui résument ainsi tout l'itinéraire de Jésus annoncent les trois jours de sa Pâque, sa mort sur la croix, le samedi-saint au tombeau, et le jour de la Résurrection. Trois jours qui sont comme le condensé de toute l'œuvre de Jésus, œuvre de salut, de guérison, de lutte contre le Mal, qui va se concentrer dans sa mort et sa Résurrection. Jésus emploie pour désigner cette Pâque, le mot "consommé", Je suis consommé.
Et c'est la raison pour laquelle aujourd'hui, demain et le jour suivant, Jésus dit : "Je dois poursuivre ma route, cette route vers Jérusalem". Jérusalem qui est le but vers lequel marche Jésus, Jérusalem qui est le résumé de tout son chemin parmi les hommes, comme les trois jours de sa Pâque sont le condensé de toute sa vie et de toute son œuvre. Jérusalem ... Pourquoi ? Parce qu'il ne convient qu'un prophète meure hors de Jérusalem. C'est le premier mystère de Jérusalem : elle est le lieu de la mort, du sacrifice, de l'offrande, de la mort des prophètes et de la mort de ce prophète par excellence qu'est Jésus, l'Envoyé de Dieu, le Révélateur du Père. Jésus ne peut pas périr hors de Jérusalem. Jérusalem est le lieu de son passage de ce monde à son Père, Jérusalem est comme la porte entre le ciel et la terre, cette porte que Jésus va franchir en mourant et ressuscitant.
Et nous comprenons alors la deuxième partie de cette page où Jésus s'adresse à Jérusalem elle-même. Et Il s'adresse à Jérusalem avec une étonnante tendresse : "Jérusalem, Jérusalem, combien de fois j'ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes". J'aurais voulu que tu sois le lieu du Messie, le lieu de Salut et de la ville où s'accomplit le mystère de l'histoire. Mais c'est par la mort que va s'accomplir ce Salut. Jérusalem, toi que J'aime passionnément, Jésus est profondément humain, épris non seulement de ses semblables, mais épris de cette ville qui est comme le résumé de tout l'Ancien Testament, le résumé de toute l'Ancienne Alliance qui débouche à travers sa Pâque dans l'Alliance Nouvelle, "Jérusalem, toi qui tues les prophètes, toi qui lapides ceux qui te sont envoyés". Toi Jérusalem qui vas me mettre à mort. Jérusalem le lieu où Je dois mourir, où Je dois offrir ce sacrifice. Jérusalem ville par excellence, de Dieu, Jérusalem qui se rebelle contre le dessein de Dieu en tuant ceux que Dieu lui envoie, Jérusalem qui ainsi sans le savoir accomplit le Salut, puisque c'est par la mort du Christ que s'ouvre la porte entre le ciel et la terre, car cette mort débouche dans la résurrection.
Jérusalem qui va connaître elle aussi la mort : "Vous ne me verrez plus, vos demeures vont être abandonnées". Ailleurs, Jésus dit aussi :"Il ne restera pas de toi pierre sur pierre". Jérusalem qui donne la mort et qui va elle-même passer par la mort mais elle aussi pour parvenir à la résurrection : "Vous ne me verrez plus jusqu'au jour où vous direz : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur". Ces paroles mystérieuses de Jésus, rempli de cette tendresse pour Jérusalem et qui annonce le Salut, la conversion, la résurrection de Jérusalem. Un jour, vous direz : "Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur". Un jour, Jérusalem reconnaîtra Celui qu'elle a mis à mort. Un jour, Jérusalem reconnaîtra que par cette mort l'humanité a été sauvée, et elle aussi, Jérusalem, symbole du Peuple élu, Jérusalem résumé de toute l'histoire et de toute la géographie des hommes, Jérusalem elle aussi sera sauvée car le Salut de Jésus n'est pas seulement pour ceux du dehors, pour les païens, pour les "gentils", pour les nations, il est aussi pour le peuple juif. Et paradoxalement, c'est cette œuvre de mort qu'accomplit Jérusalem, elle l'a accomplie avec les prophètes, au Golgotha avec Jésus et qu'elle continue inlassablement d'accomplir, Jérusalem, ce lieu où les hommes se détruisent, se déchirent et s'entre-tuent, Jérusalem un jour reconnaîtra son salut, son Sauveur : "Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur". Alors, Jérusalem entrera elle aussi dans le salut et dans la Gloire de Dieu.
Frères et sœurs, nous sommes toujours confrontés à ce mystère de Jérusalem, ce mystère de mort, de déchirement, de guerre, ce mystère qui est aussi étonnamment le mystère de notre Salut, car à travers cette œuvre de mort, par la puissance de la résurrection du Christ s'accomplit le salut de l'humanité, le salut du peuple juif, et le salut des autre peuples, le salut des palestiniens comme d'Israël. Que Jésus accomplisse cette promesse et qu'Il donne à Jérusalem et à l'humanité tout entière sa lumière et sa gloire.
AMEN