TENDUS VERS LE ROYAUME
1 M 3, 46-48+55-60 ; Lc 12, 22-32
(16 octobre 2001)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, ce passage de l'évangile bien connu nous parle de la pauvreté ou plus exactement de ce souci qui ne doit pas envahir notre cœur pour toutes les réalités matérielles, ce qui servira à nous vêtir, à nous nourrir. Le sens profond de ce texte n'est pas que nous devions nous désintéresser des réalités de ce monde, que nous devons rester dans l'apathie et le paresse en attendant que Dieu fasse à notre place que ce qui est nécessaire à notre vie. Je crois que le verset le plus important dans ce passage est celui-ci : "la vie est plus que la nourriture, le corps, plus que le vêtement". Ce que Jésus veut nous dire c'est qu'il y a une différence entre l'essentiel et le secondaire ou le relatif. Ce qui compte ce n'est pas l'avoir, ce n'est pas les moyens que nous accumulons, mais c'est d'abord l'être. Notre souci fondamental ne doit pas être d'accumuler des moyens de subsistance, non pas que cela doive être négligé, mais d'abord, nous devons avoir pour souci d'être. Etre des vivants. Attacher de l'importance à notre corps plus qu'à ce qui sert à la vie de notre corps. "La vie est plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement". Nous devons d'abord nous soucier de la qualité profonde de notre vie, de l'appel profond adressé à notre être, notre corps comme notre âme. Car pour Jésus et pour Dieu, c'est tout un car l'âme et le corps vont de pair et sont tout aussi importants l'un que l'autre, c'est notre être.
Un peu plus loin, Jésus dit : "Cherchez le Royaume de Dieu et le reste vous sera donné par surcroît". Le Royaume, c'est ce qui donne sens à notre vie, à ce que nous sommes. Le Royaume c'est ce à quoi nous sommes appelés, avec notre âme et notre corps, et c'est donc la signification profonde de notre être, la fin vers laquelle notre être est en marche qui soit être notre premier souci. Les moyens sont nécessaires, et il ne faut pas les négliger, mais ils ne doivent pas obscurcir notre pensée, notre activité au point de nous faire perdre de vue ce qui est l'essentiel, la fin à laquelle nous sommes appelés. Notre vie est appelée à cet épanouissement que Jésus appelle le Royaume, qu'on appelle aussi la vie éternelle, qui est la vie véritable déjà présente aujourd'hui, déjà naissante en nous et par rapport à laquelle toutes les réalités de ce monde ne sont que des moyens, importants certes, mais subordonnés. Nous devons d'abord être soucieux de laisser Dieu orienter notre vie vers ce qui est son sens profond et qui est le Royaume comme épanouissement de ce que Dieu a déposé en nous, de ce que notre être âme et corps doit déployer, réaliser par la grâce de Dieu. Alors, si Dieu nous propose une vie éternelle, une vie qui est participation à sa propre vie, cela doit être au cœur de notre vie, de notre pensée, de notre souci. Notre souci doit être de nous orienter dans le sens vrai, non pas de laisser se disperser notre attention dans les innombrables moyens nécessaires mais seconds, mais de nous soucier de ce but vers lequel nous marchons, de ce but vers lequel Dieu nous oriente, de ce but que Dieu veut nous donner. Est-ce que concrètement le souci du sens de notre vie, le souci de la qualité de notre vie, je ne parle pas seulement de la qualité de la vie au sens moderne du terme, mais de sa qualité véritable, la qualité d'une vie qui vient de Dieu et qui va vers Dieu, est-ce que ce souci-là est premier en nous ? Est-ce que nous réorientons tout ce que nous sommes, tout ce que nous faisons, tout ce que nous pensons, vers ce but. Est-ce que nous sommes conscients de l'importance unique de cette marche vers le Royaume qui doit être constamment présente à notre pensée, à notre liberté, à notre volonté ?
Que tout ce que nous sommes soit centré sur cette recherche de Dieu, du vrai sens de la vie, que tout ce que nous faisons, tous les évènements de notre vie soient récapitulés, dirigés vers cette réalité fondamentale : Dieu nous a mis au monde pour nous appeler à partager sa vie, nous appeler vers la vie véritable, et il faut que cela soit au centre de notre cœur de notre pensée, de notre cœur et de toute note action.
AMEN