LA PÂQUE DU POSSÉDÉ DE GÉRASA

1 M 1, 7-15 ; Lc 8, 26-39

(3 octobre 2001)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous venons d'entendre l'incroyable histoire de ce possédé de Gérasa, de ces cochons qui, comme des moutons de Panurge, se jettent tous dans la mer en se suivant les uns les autres, dans un pays païen, avec l'effroi des gardiens. Cette his­toire me fait dire que pour ce possédé de Gérasa, c'est l'heure de la Pâque, de l'Exode. Il est poursuivi par les Égyptiens, ils se sont même saisis de toute sa vie, mais les Égyptiens se noient dans la mer et lui, passe de l'autre côté, il passe de la servitude, de l'oppression dans laquelle le maintenaient les démons, il passe au service, il passe de la solitude à la communion, il passe de la mort à la vie. Il passe de la nudité au vê­tement tissé par la grâce. C'est l'heure de la Pâque pour le possédé de Gérasa. Notre Dieu est un Dieu qui libère. Il a été capable de libérer le peuple d'Israël de la servitude d'Egypte, Il sera bien capable de libérer ce possédé de Gérasa. C'est l'heure du mystère pascal pour ce possédé, c'est l'heure où ayant touché la mort, le Christ vient le rejoindre dans son enfer. C'est l'heure où le Christ le saisit par le poignet pour l'arra­cher de là. Notre Dieu est un Dieu qui libère, qui met au large et ce possédé me fait penser à ces personnes qui ont été victimes de sectes. C'est très étrange, car la première réaction quand on sort d'une secte, c'est de vouloir retrouver une autre chose qui puisse servir de béquilles. Il n'y a pas de mirador dans les sectes, la muraille est à l'intérieur, parce que la personne qui a été victime d'une secte est comme dépouillée. C'est comme le homard au moment de la mue, il y a cette fragilité, cette nudité, de celui qui s'est laissé attraper. Je trouve assez beau au moment où ce possédé de Gérasa, qui comme s'il sortait d'une secte, comme s'il avait été vraiment opprimé, tout d'un coup, il veut rejoindre le Christ et se mettre à sa suite, je trouve assez beau que le Christ lui dise : retourne chez toi, tu viens d'acquérir une nouvelle liberté, et Moi, Je ne veux pas contraindre ta liberté. Je veux que tu puisses manifester aux autres cette liberté nouvelle que Je viens de te donner, et Je t'envoie même en mission près de tes frères de Gérasa. En quelque sorte, le Christ dit la même prière que celle que je viens de dire pour le frère Christophe : "Que le Seigneur te bénisse, qu'Il soit dans ton cœur pour que tu puisses annoncer avec assurance l'évangile qui nous sauve". Le possédé de Gérasa est comme le diacre qui va pro­clamer l'évangile, il est comme cet homme qui est envoyé en mission, et sa mission n'est pas une propa­gande, parce qu'il a expérimenté cette libération. Sa mission n'est pas un mensonge puisque tous en ont été témoins. Sa mission n'est pas la mission des phari­siens ou de quelqu'un de pur, mais cela me fait penser aussi à la mission que le Christ donne à la samari­taine, c'est la mission des petits pauvres qui vont avec leur misère, avec toute leur vie, quelquefois blessée, chagrinée, et qui vont annoncer aux autres l'évangile qui nous sauve.

Notre foi chrétienne est toujours précédée d'une expérience de libération : libération du baptême, et libération aussi au cours de notre vie. Ce dont nous pouvons témoigner avec le plus de justesse est sans doute cette expérience de libération dans notre vie, ce moment où nous avons vécu l'Exode, ce moment où nous avons goûté le mystère pascal, ce moment où le Christ nous a fait passer de la mort à la vie, où Il nous a rejoint dans notre faiblesse, ce moment où nous étions nus et désemparés, et où Il nous a revêtus, inté­grés dans l'Église. Je crois qu'au départ, et ce dont nous pouvons témoigner peut-être le mieux, ce n'est pas des vertus qu'on pourrait acquérir, on le sait bien, elles sont tellement fragiles, mais ce dont on témoigne le mieux, c'est l'expérience que le Seigneur a fait dans notre vie de nous libérer.

 

 

AMEN