FÉMINITÉ ET FÉCONDITÉ
Ap 11, 15-12, 6 ; Lc 20, 27-40
(17 novembre 2000)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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omme vous pouvez l'imaginer aisément, les deux lectures que nous venons d'entendre sont choisies en fonction de la lecture courante, et non pas en fonction de cette chère Elisabeth de Hongrie qui n'a pas usé sept maris et qui n'est pas apparue dans le ciel comme un signe merveilleux qui affrontait le dragon, parce que son mari n'était pas du tout un dragon, mais un homme très gentil.
Cependant le fait que nous entendions ces deux textes à propos d'une sainte médiévale extrêmement caractéristique et sympathique me donne l'idée de faire quelques remarques sur le sens de la féminité telle qu'elle nous est présentée précisément dans ces deux textes.
Le deuxième texte d'abord, c'est le problème de la féminité par les Sadducéens, on ne peut pas dire qu'ils étaient vraiment féministes et qu'ils auraient voté spontanément pour la parité, ce n'était pas vraiment leur souci et il n'y avait rien de plus macho que l'organisation du service cultuel dans le Temple. Vous le savez, il y avait un certain nombre de cours et d'espaces dans le Temple, il y avait le parvis des païens, ensuite, il y avait le parvis des femmes, puis le parvis des hommes. Ceci montre un tout petit peu leur ouverture d'esprit. Ce qui est intéressant de voir, c'est que la question qui est posée par les Sadducéens à propose de la femme et que le Christ répond que hommes et femmes dans le Royaume de Dieu se définissent par un nouveau statut, ils sont fils de la Résurrection. Ce que Jésus veut dire aux Sadducéens, c'est qu'ils considèrent les femmes comme le moyen de continuer la lignée humaine, la famille humaine et qu'ils les considèrent en réalité uniquement comme des moyens. Donc, l'institution du mariage et la femme elle-même, c'était cela le sens de la loi du lévirat, n'était là que pour apporter une descendance, il fallait se débrouiller comme on pouvait, et les frères prenaient la femme si elle n'avait pas donné de descendance à son mari qui venait de mourir. Jésus casse ce moule de la compréhension du mariage considéré comme le simple moyen pour un homme, par l'institution et par le recours à la fécondité de sa femme de continuer sa lignée et sa descendance. Ainsi, à travers une réflexion apparemment anodine, Jésus veut simplement dire que désormais la féminité n'est pas un moyen pour l'homme, mais la féminité est réellement un vis-à-vis de l'homme. C'est pour cette raison que cela correspondra très bien à ce que Jésus dira par ailleurs lorsqu'il rappellera que Dieu les a faits homme et femme, et que par conséquent, la responsabilité et la fidélité de l'homme et de la femme, de ce point de vue-là sont parfaitement égales.
Le deuxième texte est intéressant également parce que ce passage de l'Apocalypse qui nous présente la femme qui est en train d'enfanter face au dragon qui cherche à dévorer l'enfant. Ici, la femme est envisagée comme figure de fécondité. Contrairement à toutes les représentations de l'époque, ce n'est pas l'homme guerrier qui protège la femme, pour qu'elle lui fasse des enfants et qu'elle assure la continuité de la lignée, ici c'est la femme seule qui affronte le dragon et qui en est victorieuse. La conception sur la fécondité qui ressort de ce passage est absolument nouvelle. La fécondité n'est pas simplement une sorte de réalité qui appartient aux femmes et qui doit être protégée par les hommes, la fécondité par elle-même, la vie que donne la femme est victorieuse par elle-même du mal et du dragon. On comprend qu'on ait appliqué immédiatement ce texte à la Vierge Marie, on voulait dire par là que sa fécondité maternelle à la fois physique, biologique et spirituelle en donnant au monde le Fils de Dieu, elle symbolisait véritablement cette nouvelle fécondité.
Cela modifie assez considérablement l'image de la féminité. A ce moment-là, la fécondité féminine n'est plus uniquement envisagée comme le fait, comme on dit d'une façon un peu vulgaire, de "faire des enfants", mais c'est véritablement une fécondité spirituelle de la femme qui est capable de donner des enfants à la fois à la vie du monde, par le biais biologique, mais aussi par le biais spirituel. C'est pour cela que ce texte s'est appliqué à la Vierge Marie, puis à l'Église pour manifester le vrai sens de la femme en renouvelant le sens humain de la fécondité féminine, en montrant que cette fécondité féminine n'est plus simplement à envisager comme un aspect biologique de la propagation de l'espèce, mais une réalité spirituelle qui est capable de vaincre le mal qui menace l'humanité.
Tout cela a été écrit il y a deux mille ans, c'est seulement maintenant que l'on commence à se poser des questions sur le statut de la femme dans la société, la plupart du temps on croit que les questions qui se posent viennent toujours du même côté, de ceux qui veulent critiquer la tradition judéo-chrétienne, en réalité, on ferait bien de regarder ces textes-là pour comprendre d'où cela vient !
AMEN