LA VENUE DU FILS DE L'HOMME
Ap 3, 14-22 ; Lc 17, 20-37
(6 novembre 2000)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, avec ce chapitre dix-septième de saint Luc, commence déjà l'annonce prophétique de la fin du monde, qui va concurremment avec la lecture de l'Apocalypse occuper une part privilégiée pendant cette fin d'année liturgique qui correspond au mois de novembre, en attendant le temps de l'Avent. Le texte que nous venons d'entendre est d'une extraordinaire richesse. Il nous dit tout d'abord que le Jour de la venue du Fils de l'Homme ne serait pas très loin. Même si on vous dit : "Il est là, il est ici, ne le croyez pas", car il n'y aura pas de signes avant-coureurs comme certains Nostradamus ou autres veulent nous en donner, la venue du Fils de l'Homme sera comme l'éclair qui traverse le ciel. Il est parfaitement inutile donc de chercher des repères, des prévisions, des signes avant-coureurs, plus exactement, notre monde est rempli de ces signes, car il ne cesse de se dégrader et de s'autodétruire par les guerres, les haines, les concurrences économiques et il n'y a qu'à regarder autour de nous, sans cesse les hommes s'acharnent à casser ce monde dans lequel on croise sans cesse les signes avant-coureurs de cette fin du monde : c'est le péché des hommes. Le Christ Lui, viendra comme l'éclair. La deuxième caractéristique de ce retour du Fils de l'Homme c'est que nous serons surpris non seulement par sa venue, mais aussi par ses conséquences, car "deux seront couchés dans le même lit, l'un sera pris, l'autre laissé, deux femmes seront à moudre, l'une sera prise, l'autre laissée". Il est donc difficile de savoir si nous sommes dignes de l'amour ou non. Nous ne pouvons pas à partir de nos œuvres, nous dire que nous serons sauvés, car ce n'est pas de cette manière-là que s'opère le Salut, beaucoup de pages de l'évangile nous disent qu'il s'agit seulement de grâce et de miséricorde et non pas de préparatifs plus ou moins assurés.
Ce texte donc est extrêmement inquiétant, nous ne savons pas quand le Christ viendra et nous ne savons pas au jugé de nos œuvres nous serons dignes d'être pris par Lui ou laissés. D'ailleurs, le texte redouble d'horreur par les exemples qui nous sont donnés : celui du déluge et celui de la destruction de Sodome. Voilà qui n'est pas très encourageant ni très réconfortant. Quand Noé est entré dans l'arche, personne ne s'attendait à ce qui allait se produire, lui seul en avait été averti par Dieu, et voilà que le déluge est tombé et tous les hommes ont péri, et quand les anges ont quitté Sodome, personne ne s'attendait à ce qui allait se passer, tout le monde continuait à travailler, à acheter, à vendre, et la pluie de feu et de soufre est tombée et Sodome a été détruite. Le texte nous présente cette venue du Christ comme un jugement d'une extrême rigueur et violence, c'est comme les eaux du déluge, ou la pluie de soufre sur Sodome. Il ne s'agit donc pas d'une plaisanterie, et nous n'avons pas à nous dire, Dieu est trop bon, et de toute façon, ça marchera quand même. Certes, la miséricorde de Dieu est infinie, mais ce calcul a quelque chose de misérable, de nous dire que même en faisant n'importe quoi, Dieu aura toujours pitié de nous, car il y a aussi les actes de notre vie qui n'entraînent pas une punition de la part de Dieu, mais qui sont notre propre destruction, et je parle ici des signes avant-coureurs de la fin du monde, et bien ils nous entourent de toutes parts, et ils sont dans notre cœur aussi, parce que nous sommes des êtres qui se laissent aller à la haine, et à l'autodestruction. Ce n'est pas Dieu qui nous détruit, c'est notre propre péché qui est comme une gangrène au centre de notre cœur et qui peu à peu risque de nous détruire.
Ce texte nous dit encore d'autres choses. Il nous dit que le jour du Fils de l'Homme viendra un jour que nous ne l'attendons pas et cette venue est d'autant plus mystérieuse qu'il est déjà là. Vous avez peut-être entendu la phrase presque initiale de ce texte: "La venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer. Ne croyez pas quand on vous dira : il est ici, il est là, car voici, le Royaume de Dieu est au milieu de vous". Le Royaume de Dieu est déjà là. Nous ne sommes pas encore pulvérisés comme Sodome ou le déluge, mais déjà le Fils de l'Homme est là dans notre cœur et c'est notre manière d'y prêter attention de nous ouvrir à cette Présence et à la découvrir qui précisément est déjà notre jugement. Si nous vivons dans l'indifférence, dans l'absence d'attention à l'essentiel qui est la Présence de Dieu et nos frères, si nous sommes indifférents, nous sommes déjà en train de nous condamner. Le Royaume de Dieu est pour aujourd'hui, pas pour demain, bien sûr, il y aura demain, il y aura un jour la fin du monde, mais dès maintenant le jugement est à l'œuvre et dès maintenant nous sommes concernés par cette venue du Fils de l'Homme, car il est déjà au cœur de notre monde, et au cœur de notre propre cœur. Encore, quand Jésus dit : "Il viendra des jours où vous voudriez voir le Fils de l'Homme et vous ne le verrez pas", Il fait allusion aussi à ce temps entre sa mort et sa résurrection où les disciples ont cherché la présence de Jésus et ne la trouvaient pas. Il y a une venue du Fils de l'Homme qui a été déjà sa Pâque, et aujourd'hui encore, une venue mystérieuse au cœur de notre inconscient, le renouvellement de cette Pâque et puis la manifestation finale de cette Pâque. Mais tout cela ne fait qu'un et ne nous imaginons pas que nous sommes dans un temps neutre, facile, nous sommes déjà plongés dans la Pâque du Christ et c'est seulement cette Pâque telle que nous la vivons maintenant qui se manifestera au jour de notre mort et au dernier jour du monde.
Alors, me direz-vous, s'il en est ainsi, nous sommes bien malheureux, parce que nous sommes inévitablement voués à notre destruction à cause de notre manque d'amour.
Heureusement, ce texte a un parallèle dans l'Apocalypse que nous avons lu juste avant. Ce texte de l'Apocalypse est célèbre lui aussi. Il dit à l'Église de Laodicée qu'elle est tiède, que Dieu va la vomir, qu'elle se croit riche à tort, qu'elle est pauvre et aveugle, et nue, mais au cœur de cette accusation et de ce jugement, il y a aussi cette Parole, une des plus belles de toute l'Ecriture, qui vient nous apporter comme une sorte de lumière et de débouché hors de ce tunnel. Je vous répète cette Parole : "Voici que je me tiens à ta porte et je frappe". Le Seigneur est là, maintenant à la porte de notre vie, de notre cœur et Il frappe. "Si quelqu'un entend ma voix ..." Voilà, tout le problème est là. Entendons-nous la voix du Christ qui est là, entendons-nous sa main qui frappe à notre porte ? "Si quelqu'un entend ma voix, et m'ouvre la porte, alors j'entrerai chez lui pour souper, Moi près de lui et lui près de Moi." Le Christ est là non pas pour nous condamner, mais pour nous supplier d'ouvrir la porte de notre cœur à sa venue, afin qu'Il puisse entrer dans la plus grande intimité de notre cœur, que l'auteur de l'Apocalypse symbolise par ce repas intime, en tête à tête, ce repas si profond où nous mangerons avec le Christ, Lui près de nous, et nous près de Lui. C'est ce qu'Il nous donne déjà dans l'eucharistie, sachons simplement ne pas vivre cette eucharistie de façon banale, et vraiment comme dès maintenant, la venue du Christ qui veut entrer chez nous pour manger chez nous, si nous écoutons sa voix et si nous ouvrons notre porte.
AMEN