LE ROYAUME DE DIEU EST UN DON
Jb 38, 1-11+31-38 ; Lc 13, 22-35
(20 octobre 2000)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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es textes de l'évangile que nous venons de lire font partie de ces textes qui font peur, parce que ce sont des textes sur l'élection, et cette élection prend vraiment l'allure d'une sélection, et d'une sélection impitoyable, puisque Jésus leur donne un conseil : "Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite". Il faut dire aussi que la question est posée par un interlocuteur : est-ce que beaucoup ou seulement un petit nombre sera sauvé. Il y a déjà dans cette question une sorte de souci du salut qui peut paraître louable dans un premier temps, mais qui peut aussi être comprise comme une préoccupation d'arriver à se sauver soi-même. C'est pour cela que Jésus critique l'auditoire qui est autour de lui en disant : "Si vous arrivez dans le Royaume de Dieu en vous prévalent de ce que vous me connaissez, parce que j'ai mangé sur vos places, à ce moment-là, cela ne vaut pas grand-chose, ce sera même parfaitement inutile, parce que la situation risque de se renverser. Vous verrez à ce moment-là les prophètes et les patriarches accueillis dans le Royaume, et vous verrez les foules qui viennent de l'Orient et de l'Occident et qui y seront accueillies aussi." Ce qui laisse supposer, ce n'est pas évident, mais on peut le penser, que Jésus veut dire que les foules, les païens vont entrer par la grande porte, et il dit à Israël : efforcez-vous d'entrer par la porte étroite. Qu'est-ce que cela veut dire ? Une chose assez simple au fond, que le Royaume est un don, et qu'on ne peut pas accueillir le Royaume sur le mode d'une revendication, d'un droit. Fondamentalement, nous n'avons pas droit à ce don, parce que précisément, il doit rester un don. Il faut donc vraiment accueillir ce Royaume, non pas en vertu même du fait qu'on aurait déjà des avantages acquis, mais il faut vraiment l'accueillir parce qu'il est donné par Dieu.
C'est sans doute une des choses les plus difficiles dans notre vie chrétienne, c'est le fait de reconnaître que tout dans notre rapport avec Dieu est de l'ordre de ce que nous appelons la grâce. On a un peu changé et modifié le terme de grâce, on croit que grâce signifie faveur, ce qui est vrai, mais ce qui est désigné dans la grâce, c'est d'abord la gratuité de l'initiative de celui qui fait le don, ce n'est pas le fait d'en être gratifié, cela c'est second, c'est après. Si on inverse le sens de la grâce, si on en fait le sens d'une sorte de faveur comprise comme une supériorité, et pire encore, comme un faire valoir et un droit, ou ce qui nous constituerait comme des ayants droit, nous risquons de nous tromper totalement.
Je ne crois pas, contrairement à ce qu'une certaine tradition janséniste a toujours dit, que le problème de l'entrée dans le Royaume puisse se résoudre par une attitude d'angoisse, ce qui n'est jamais que la peur de ne pas y arriver. C'est un doute sur soi comme si l'entrée dans le Royaume devait être le seul produit de son initiative de sa combativité ou de son agressivité, en fait, cela n'a rien à voir avec l'angoisse, cela à avoir avec une tout autre attitude, qui nous est beaucoup plus difficile à comprendre et qui est simplement de recevoir Dieu comme don. Le christianisme, la tradition chrétienne est sans doute la tradition religieuse qui a le plus insisté sur le mystère de Dieu comme don. C'est pour cela que saint Jean nous dit que Dieu est Amour, et c'est pour cela que Thérèse de Lisieux a dit que tout était grâce. C'est facile à dire, mais ce n'est pas toujours facile à vivre.
En relisant ces textes, que nous sachions demander à Dieu qu'il nous donne la juste attitude d'accueil, de réception, non pas cette attitude de peur, d'angoisse ou de désir de conquête du Royaume, mais simplement de l'accueillir comme il vient, c'est-à-dire de la réalité de Dieu qui se donne à l'humanité.
AMEN