LA DIVISION EN VUE DE LA CRÉATION NOUVELLE

Jb 30, 16-31 ; Lc 12, 49-59

(13 octobre 2000)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

E

n définitive, le discours de Jésus n'a rien de réjouissant, d'abord parce qu'il dit qu'Il est venu apporter le feu sur la terre, et si quel­qu'un croit qu'Il est venu apporter la paix, celui-là se trompe, Il est venu apporter la division. C'est vrai qu'après deux mille ans de christianisme, même ceux qui ont la foi n'ont pas toujours travaillé à la paix et que nombre de divisions, de guerres, comme un feu sont venus bouleverser les peuples et les nations. Nous le voyons tous les jours.

Alors, qu'est-ce que cela signifie pour nous aujourd'hui que d'écouter ces Paroles ? Jésus serait-il dans ces cas-là l'homme envoyé par Dieu, qui n'est encore comme le dira l'Ecriture, que Celui qui est la pierre d'achoppement. Voir Jésus sous ce jour c'est déjà entrer dans la compréhension de la mission du Christ. Mais si on en reste seulement au texte qui nous parle de la division, et du fait que Jésus affirme qu'Il n'est pas venu apporter la paix, il me semble que nos esprits ne peuvent que buter sur cette affirmation. Jésus n'est quand même pas comme certains gnosti­ques le pensait à propos de Dieu de l'Ancien Testa­ment, un Dieu du mal.

Il nous faut donc relire ce passage avec un re­gard neuf, s'interroger sur ce que signifie dans la Bi­ble, la division. Diviser une chose, une réalité, c'est en somme mettre d'un côté et de l'autre, ce qu'on peut appeler une séparation. Dieu est un familier de la sé­paration. C'est ainsi qu'il a procédé pour créer ce monde, Il a séparé les ténèbres de la lumière, Il a sé­paré la terre de la mer, pour que surgisse une nouvelle création. Peut-être pourrons-nous comprendre alors que c'est ce principe-là qui préside au discours de Jésus, et qui peut éclairer aussi notre propre vie. Dans notre quotidien, nous sommes appelés à faire certai­nes séparations, certaines divisions. Cela peut être vrai aussi sur le plan personnel et spirituel, quand on est chrétien, il faut séparer de nous-mêmes ce qui est ténèbres de ce qui est lumière pour qu'une nouvelle création puisse surgir en nous.

C'est dans cette perspective qu'on peut com­prendre un peu mieux la Parole de Jésus qui veut ap­porter un feu sur la terre, et désire Lui-même être baptisé dans ce qu'Il annonce. En effet, le baptême dont Jésus parle pour Lui, c'est sa Passion, et c'est sur cette pierre d'achoppement, quand le Christ, le Fils de Dieu est crucifié, que se divise tout peuple et toute personne pour que d'un côté se tienne ce qui est de l'ordre des ténèbres, et de l'autre, ce qui vient de la lumière. Le baptême de Jésus est bien un feu. Pour­quoi ? Parce qu'il est un don, et ce que nous donne Jésus, c'est son amour, l'Esprit Saint.

C'est ce qui se réalise aussi dans cette Eucha­ristie, tout sacrement est don de l'Esprit saint et ce que nous espérons ou attendons ultimement dans la perspective de l'éternité, c'est aussi le don de l'Esprit Saint, manifesté sous les langues de feu sur les disci­ples et les apôtres afin d'annoncer la Bonne Nouvelle du Salut, qui consiste bien de passer de la mort à la vie, à nous séparer définitivement par la mort pour entrer dans la vie.

 

 

AMEN