SI UN AVEUGLE CONDUIT UN AUTRE AVEUGLE
Col 3, 18-4, 1 ; Lc 6, 39-45
(17 septembre 1994)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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ous sommes touchés par la Parole de Jésus "Si un aveugle guide un autre aveugle", alors que nous savons que notre société fonctionne sur le fait qu'il y ait des personnes qui dirigent les autres pour le travail. Dans la famille les parents sont censés élever et guider leurs enfants. Dans l'Église il y a ceux qu'on appelle des pères ou des frères, des guides ou des maîtres spirituels pour conduire leurs frères sur le chemin de la vie chrétienne. Nous nous trouvons donc confrontés à ce type de parole car enlever tous les guides, tous les maîtres, tous les chefs et les rois et les gouvernements et la société tombe à plat. Il faut une société hiérarchisée et bien mise en place pour tenir debout, dans l'Église, il faut qu'il y ait une coordination.
Qui ne se sent visé par une parole de l'évangile lorsque Jésus dit : "Tu vois la paille dans l'œil de ton voisin et tu ne vois pas la poutre qui est dans le tien !" ce qui semble dire que tout jugement peut être révisé et qu'on ne peut pas porter de prime abord un jugement sur ses frères. Si on s'en tient purement à l'évangile, on peut dire que toute chose que l'on fait est, personne ne peut diriger, personne ne peut faire une seule remarque à son frère. Si on en restait là, on n'irait pas très loin.
En même temps ces paroles d'évangile révèlent une certaine sagesse car il est vrai que le guide, le maître ou celui qui fait une remarque à son frère se doit malgré tout d'être guide, maître, d'exercer la charge qui lui est confiée. Si nous en restons là nous resterions à une sagesse humaine car celui qui doit porter un jugement sait très bien qu'il n'est pas le maître absolu, qu'il ne peut pas avoir des jugements entièrement droits et vrais.
Ce que l'évangile nous enseigne c'est que, qui que nous soyons, quelle que soit la fonction que nous exerçons, nous avons en face de nous une sorte de miroir qui nous renvoie ce que nous sommes nous-mêmes. Ce miroir, ce sont nos frères. Mais plus que nos frères, la clé de ce passage d'évangile, c'est lorsqu'il est dit : "Le disciple accompli sera comme son Maître." Le disciple parfait, celui qui a bien suivi entièrement ce qui lui est demandé, c'est celui qui fait comme son maître. Donc celui qui se met à l'école de Jésus-Christ, celui qui le suit avec la profondeur du cœur, celui-là est capable d'être comme son maître, de pouvoir connaître le chemin, la vérité et la vie et d'être aussi bienveillant et miséricordieux que son maître puisque Jésus est venu non pas pour juger ou condamner mais pour sauver. Ainsi nous comprendrons que Jésus sait très bien qu'il faut des maîtres, des juges des guides, des personnes pour faire des remarques et que cela doit se faire à son école c'est-à-dire éveiller en l'autre ce qu'il y a de meilleur, que notre jugement ne l'enferme pas, que notre remarque ne soit pas définitive, mais qu'elle soit une sorte d'ouverture de son cœur au Royaume de Dieu présent en lui-même C'est pourquoi le disciple accompli sera comme son maître celui qui s'est d'abord chargé de sa propre croix, qui connaît très bien ses limites, limites de son intelligence, de son jugement, de sa personne. C'est celui qui connaissant ses propres limites est capable non pas de s'arrêter aux limites de ses frères, mais d'essayer d'éveiller en eux ce qu'il y a de meilleur, la présence de Dieu au milieu de nous.
AMEN