TROUVERA-T-IL LA FOI ?

Ap 6, 1-8 ; Lc 18, 1-8

(12 novembre 1993)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Q

uand le Fils de l'Homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? "

Parole mystérieuse, parole pessimiste, inquié­tante. Nous avons l'habitude d'imaginer le retour du Christ comme venant couronner l'effort missionnaire, l'évangélisation du monde et que c'est lorsque tous les peuples auront reçu l'annonce de l'évangile que Jésus viendra pour achever, parachever cette Église qui se sera étendue jusqu'aux limites de la terre. Et de fait, dans l'évangile, Jésus nous dit aussi que la fin du monde n'interviendra pas avant que l'évangile soit parvenu à toutes les nations et à toutes les extrémités de la terre.

Pourtant aujourd'hui la parole qui nous est transmise pose une interrogation. Est-il possible que le retour du Fils de l'Homme, sa venue au dernier jour se prépare par une progressive extinction de la foi au point qu'il puisse imaginer ne pas trouver de croyants sur la terre ? Comme si les choses iraient de mal en pis, et peu à peu la foi se refroidirait. Et petit à petit, le refus de Dieu, l'incroyance l'emporteraient. C'est un peu ce que le texte de l'Apocalypse nous laissait en­tendre, ces chevaux qui apportent avec eux la guerre, la mort, la famine, la persécution. C'est ce qu'ont vécu les martyrs qui sont morts dans la déréliction, dans la violence, dans l'abandon, dans la haine que leur por­taient ceux qui les mettaient à mort. Ces martyrs dont l'Apocalypse nous dit qu'ils sont sous l'autel du Sei­gneur et qu'ils crient "Jusques à quand tarderas-tu à faire justice ?"

L'évangile nous dit d'ailleurs en même temps que le Seigneur fera prompte justice, qu'Il n'abandon­nera pas ses élus qui crient vers Lui jour et nuit. Au­trement dit, à la fois, il semble que le cri de ceux qui sont persécutés, que le cri des malheureux, que le cri des hommes écrasés par la guerre, par la famine, par tous ces fléaux monte vers le cœur de Dieu et que Dieu l'entend, que Dieu veut leur faire justice et en même temps le Christ se demande si la foi sera encore vivante sur la terre au moment où Il reviendra. C'est dire que nous ne pouvons pas faire de supputations optimistes ou pessimistes sur l'avenir du monde, sur la fin du monde, sur la manière dont les choses se passe­ront. Tout dépend de la foi.

Est-ce que chacun d'entre nous et nous tous comme communauté chrétienne nous allons faire vi­vre, grandir, resplendir, rayonner la foi de telle sorte qu'elle s'étende comme un feu jusqu'aux extrémités de la terre et que ce cri de tous les malheureux soit en­tendu de Dieu et que Dieu puisse, à travers notre foi et nos œuvres qui sont les conséquences de la foi, faire justice aux malheureux ? Ou bien est-ce que nous allons laisser dans notre propre cœur et autour de nous la foi s'appauvrir, s'étioler peu à peu, se dessé­cher et disparaître ? Dieu ne se substitue pas à nous. Ce n'est pas Lui qui va décider des événements du monde. Les événements du monde sont remis à la liberté des hommes et à la liberté de chacun d'entre nous pour sa part. Et il dépende de nous que la foi s'étende ou qu'elle se rapetisse. Il dépend de nous que le monde croie ou que le monde s'enferme dans l'in­crédulité et le refus de Dieu. C'est une responsabilité que chacun d'entre nous nous portons, que tous en­semble nous portons. Dieu ne sauve pas les homme sans eux. Dieu ne veut pas que nous soyons étrangers à notre propre salut, étrangers au salut de nos frères, étrangers au salut de l'humanité et du monde.

Alors que chacun de nous, dans le secret de notre cœur, que notre communauté dans la visibilité de sa foi s'interroge. Que faisons-nous pour que la foi grandisse, illumine et rayonne ? Que faisons-nous pour que le Seigneur, quand Il viendra, trouve la foi vivante, trouve la foi agissante sur la terre ? C'est à nous de nous interroger aujourd'hui dans le secret de notre cœur pour savoir comment nous pouvons agir sous l'impulsion de la grâce de Dieu afin que la foi grandisse.

 

 

AMEN