DÉCOUVRIR L'ŒUVRE DU CHRIST

Ap 4, 1-11 ; Lc 17, 11-19

(5 novembre 1993)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

T

ous ont été guéris, un seul a été sauvé !" Quel est celui qui a été relevé et sauvé ? C'est, parmi les dix, celui qui a vu qu'il était guéri. "Voyant qu'il était guéri ... il revint, en rendant gloire à Dieu et se prosterna devant le Christ."

Nous avons tous été guéris par le baptême. Est-ce que chacun peut dire qu'il est sauvé ? Est-ce que nous faisons partie des neuf qui ont été guéris mais qui continuent leur vie sans même s'en aperce­voir, même si, de temps en temps, ils viennent reli­gieusement adorer Dieu ? Il y a une chose qui nous manque terriblement. C'est un regard de foi sur nous-mêmes. Il paraît qu'aujourd'hui, nous disent certains théologiens, il faut remettre sa foi en question, il faut se poser des questions sur sa foi. Et pourquoi ne fe­rions-nous pas simplement ce que nous propose cet évangile : porter sur notre vie un regard de foi. S'apercevoir que nous sommes guéris. Est-ce qu'un jour vous vous êtes dit : Je suis baptisé, je suis guéri ? On a l'impression que le salut, que les relevailles, que la vie avec Jésus commencent à partir du moment où le lépreux s'aperçoit qu'il est guéri. Et il est émer­veillé, non pas que Dieu existe mais qu'il soit guéri.

Se regarder ce n'est pas uniquement s'occuper de soi-même, ce n'est pas uniquement analyser sa psychologie ou la faire analyser, ce n'est pas unique­ment s'occuper de la sensibilité ou laisser les autres s'en occuper, ce qui n'est pas forcément mieux. Il y a un regard sur soi-même qui est de découvrir l'œuvre que le Christ a déjà accomplie en nous et qui est notre guérison. Nous marchons souvent dans la vie comme des gens guéris encore lépreux, comme si nous étions encore malades. Alors, de fait, on n'est pas relevé.

A cause de cet évangile, je vous invite à vous asseoir, un jour, et à regarder en vous l'œuvre du sa­lut, l'œuvre de la guérison. Elle y est, elle y est puis­que, un jour, vous êtes venus vers les prêtres. Jésus a envoyé les malades vers les prêtres. Et c'est en y al­lant qu'ils ont été guéris. C'est donc en allant vers le ministère que les prêtres d'aujourd'hui peuvent exer­cer que l'on rencontre la grâce qui guérit, le baptême. Mais la proportion aujourd'hui des gens qui revien­nent, qui louent Dieu et qui s'aperçoivent qu'ils sont guéris, c'est à peu près la même qu'au temps du Christ. 85 % de baptisés en France, 4 % de prati­quants au maximum dans le diocèse d'Aix en Pro­vence. Et où sont les autres ? Et Jésus le dit : "Mais où sont les autres ?" Il y a deux étonnements, celui de l'homme qui s'aperçoit que Dieu l'a guéri et celui de Dieu qui s'aperçoit que l'homme ne veut pas être sauvé.

Alors n'ayons pas peur de contempler et de nous réjouir, non seulement de ce que Dieu fait en général, pour les autres, c'est très bien, mais aussi de ce don personnel intime, caché en nous, qui est notre mystère, qui est notre trésor. Donc là doit être notre cœur. Et c'est de ce cœur que jaillit la louange. Et c'est de là que nous pouvons, chaque jour, être relevés et marcher dans la vie, non pas comme des gens guéris qui se croient malades, mais comme des gens qui sont vraiment relevés de leur péché, de leur maladie et de leur mort, et de marcher ainsi en tant que vivants sur cette terre qui est la nôtre. Sachons et apprenons à regarder, à reconnaître, à contempler l'œuvre de Dieu en nous pour que, vraiment, Il puisse dire de chacun d'entre nous : "Ta foi t'a sauvé !" pas simplement le fait que je te guérisse, mais "ta foi t'a sauvé" le fait que tu reviennes vers Moi, que tu Me remercies, que tu reconnaisses ce que J'ai fait pour toi. Le salut est une grâce, elle est donnée, mais si nous ne sommes que passifs devant cette grâce, elle ne peut pas attein­dre la plénitude de son efficacité et de sa fécondité. Les croyants sont des gens qui reçoivent la guérison de Dieu, mais qui, par la réponse qu'ils donnent, par la contemplation, par le fait de la reconnaître et de l'an­noncer, sont des gens activés par cette grâce de Dieu et ceux-là seuls peuvent en témoigner.

 

 

AMEN