JOUR DE COLÈRE

Ml 3, 19-20 ; Lc 13, 22-35

(21 octobre 1993)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

our de colère pour le Christ dans ses paroles pleines de déception à l'égard principalement d'Israël. Dans ce discours amer, préfigurant l'amertume de sa passion et de sa mort, le Christ laisse entrevoir l'étendue de l'amour qui précède son incar­nation et qui ira au-delà de sa mort, par sa résurrec­tion.

Si ces propos semblent négatifs et semblent rejeter, ce qui est vrai, ils dénoncent le piège Israël semble tomber, dans lequel peut-être le nouvel Israël, l'Église pourrait aussi tomber. Il fait route vers Jéru­salem et les gens l'entourent, les gens qui le connais­sent, le petit groupe de ceux qui l'écoutent. Et c'est à ceux-ci qu'Il dit : Ce petit nombre que vous êtes n'est pas celui que j'ai voulu rassembler car j'ai voulu ras­sembler tous les hommes. Le petit nombre que nous sommes dans l'église aujourd'hui ou dans l'Église d'aujourd'hui, n'est pas ce petit nombre que Dieu veut rassembler mais tous les hommes. Ce qui veut dire que plus nous nous approchons de la vérité rayon­nante de Dieu, plus cette vérité, si elle nous apporte la paix intérieure, devient un devoir redoutable pour nous. Plus nous sommes convaincus, et même cer­tains, assis dans la certitude que le Christ est Sei­gneur, qu'Il est la vérité, pour moi, pour ma personne, pour ma vie, plus je dois en même temps entendre l'exhortation de Jésus-Christ qui m'envoie en mission dans cette vérité, dans sa vérité.

En cette vie, nous ne pouvons pas nous consoler, nous reposer indéfiniment dans le Christ. Si nous prenons nos forces à son contact, si même dans son eucharistie, en sa présence majestueuse dans son corps et dans son sang, c'est que nous sommes à la fois convoqués à sortir de l'église pour annoncer le Christ sinon nous serions ce petit nombre, serré contre son maître, oubliant les hommes qui ne connaissent pas encore le Christ. Car ce qui est dit dans cet évan­gile, ce qui est reproché c'est que le Christ ne sait pas d'où vous êtes. Le Christ ne dit pas : "Je ne sais pas qui vous êtes" mais "Je ne sais pas d'où vous êtes!" Je ne sais pas d'où vous venez. Et nous venons, nous, de ceux qui, choisis par le Christ, sont envoyés pour former, construire l'Église à travers le monde.

Certes on peut reprocher à Israël de ne pas avoir entendu l'appel et l'amour du Père. L'amour du Père se fait entendre dans les paroles du Fils, regret­tant amèrement que l'Israël, ce Yeshouroun choisi et aimé depuis Abraham, soit resté sourd. C'est pourquoi ce passage se termine par cette lamentation sur Jéru­salem, lamentation qui nous donne un aperçu de l'amour maternel de Dieu qui veut rassembler tous les hommes. Portons donc en notre cœur cet amour de Dieu et proclamons-le à l'ensemble des hommes de ce monde.

 

 

AMEN