SOIS SANS CRAINTE, PETIT TROUPEAU
So 3, 18 b-20 ; Lc 12, 32-38
(12 octobre 1993)
Homélie du Frère Michel MORIN
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ois sans crainte petit troupeau car votre Père se complaît à vous donner le Royaume !" Voici une des paroles les plus apaisantes, les plus consolantes, les plus réconfortantes de Jésus. Il ne s'agit pas d'abord d'une crainte psychologique, d'une crainte religieuse au sens naturel de ce mot. Il s'agit de cette paix dans laquelle nous sommes installés par le don incessant du Royaume. C'est parce que nous vivons toujours sous l'immensité de ce don du Royaume, et un don que le Père fait avec un plaisir immense, c'est parce que nous sommes ainsi installés dans ce don que nous pouvons vivre sans aucune crainte de quelque sorte qu'elle soit.
C'est vrai, nous chrétiens, nous vivons d'un don, nous recevons continuellement le trésor de notre cœur, nous recevons continuellement la raison de notre vie. Je crois qu'il faut très souvent, se rappeler, se remettre dans la mémoire au sens biologique de ce terme, cette volonté du Christ que nous vivions sans crainte, sans peur, sans angoisse excessive, sans trouble quels que soient les évènements extérieurs ou intérieurs de notre vie. Et les seconds ne sont pas forcément les plus apaisants. C'est dans le renouvellement de notre cœur à l'accueil de ce don que deux choses de notre vie prennent leur sens spirituel exact, celles-là mêmes que Jésus évoque ensuite : "Vendez vos biens, donnez en aumônes !" c'est-à-dire le renoncement que nous avons à faire, la générosité que nous avons à vivre. Ce renoncement et cette générosité sont la conséquence, j'allais dire le débordement, du don du Royaume. C'est pourquoi ce n'est pas d'abord notre œuvre, notre volonté, notre désir, voire même nos choix qui président aux ventes que nous faisons, au don que nous voulons engager, au renoncement que nous avons à faire. C'est le Royaume que nous recevons. D'ailleurs, je crois que la mesure de notre don signifie la mesure dont nous sommes actuellement capables d'accueillir le Royaume. La façon dont nous donnons, qui vaut beaucoup plus que l'objet donné, prend sa mesure dans le plaisir ou non que nous avons à vivre, le plaisir que Dieu prend à nous donner le Royaume. C'est pourquoi si là est notre trésor, notre cœur est inusable, notre cœur est inépuisable non pas de ses propres forces, de ses propres humeurs, mais parce qu'il se reçoit, continuellement et dans la joie, du Père qui donne le Royaume.
Il s'agit ici de ces dons que nous faisons, que nous choisissons, de ces renoncements, cette générosité, mais peut-être sous leur forme ponctuelle, occasionnelle. Le deuxième aspect est beaucoup plus difficile à mon sens car donner une fois, dix fois, cent fois, ça va ... Donner dans la durée est beaucoup plus difficile. Or lorsque Jésus parle de veiller, il s'agit bien de demeurer éveillé tout au long de sa vie, et surtout au moment des nuits, au moment des difficultés, au moment où le cœur ou la foi ont plutôt envie de s'endormir ou s'appesantissent eux-mêmes sous le poids de la vie. Or veiller dans cette attente permanente et heureuse de Dieu, nul ne le peut s'il ne reçoit le don du Royaume. C'est le Royaume qui veille en nous, ce n'est pas nous qui veillons pour le Royaume. Nous n'en sommes pas capables. Nous n'aimons pas assez le Royaume pour cela. Mais le Royaume qui est don de l'amour de Dieu nous aime assez pour nous garder éveillés dans le mesure où toutes nos dispositions sont éveillées pour l'accueillir. Et cela quelle que soit l'heure ou le jour, ça n'a aucune importance puisque, de toute façon, nous savons que c'est Lui.
Que ces quelques mots nous rappellent que nous vivons du don du Royaume, que ce don met le Père en très grande joie et que ce don heureux de Dieu est notre trésor. De ce trésor, nous tirons et nous puisons l'huile pour verser dans notre lampe qui doit rester allumée. Et celle-là seule nous permet de veiller.
AMEN