FILS DE LA RÉSURRECTION

Ap 14, 1-7 ; Lc 20, 27-40

(17 novembre 1992)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

I

ls sont fils de la Résurrection !" Ce texte de l'évangile est à proprement parler inépuisable. Je voudrais ce matin vous expliquer la Résurrection à partir des Jeux Olympiques. J'ai regardé un peu les Jeux à la télé et j'y ai pris plus que du plaisir, une joie. J'ai trouvé cela très beau et cela m'a appris beaucoup sur la Résurrection et c'est ce que je voudrais vous partager.

Ce que nous admirons chez les athlètes, ce n'est pas d'abord la force mais c'est la manière dont la gestion du corps, de leur capacité physique, est en fonction de leur intelligence. La beauté du geste spor­tif, quelle que soit la compétition dans laquelle il s'exerce, c'est, si je puis dire, d'arriver à faire que le corps que nous éprouvons la plupart du temps comme une sorte de lourdeur quelque chose avec laquelle on est empêtré plus ou moins d'ailleurs selon les cas, mais en tout cas qui nous empêche d'avoir toute la souplesse, toute la légèreté, tout l'élan nécessaire, car de temps en temps on se casse une jambe ou un bras, précisément ce qui est fascinant chez les sportifs c'est qu'ils arrivent à avoir avec leur corps une sorte de souplesse, de beauté, de transparence par rapport à ce qu'ils veulent faire. C'est encore plus caractéristique dans la danse. Et je crois que cela fait comprendre la résurrection du corps.

La plupart du temps, quand on pense à la ré­surrection, on se demande comment on va faire, on craint la surpopulation, comment vont se faire les transports en commun, si on ne sera pas entassés comme dans des wagons à bestiaux ou des boîtes à sardines, etc … En réalité le mystère même du corps ressuscité c'est un corps qui est totalement transparent au jeu que nous avons reçu de Dieu. Peut-être que cela ne rentre pas dans les catégories de l'espace-temps que nous connaissons et des catégories de la matière avec les atomes et les molécules, nous n'en savons rien. Mais je crois que ce que sera notre corps à ce moment-là ce sera une sorte de parfaite transpa­rence, un moyen parfait d'être transparent à l'amour de Dieu. Et ceci en étant la manifestation la plus vraie qui soit de notre identité devant Dieu.

Autrement dit, ce que Dieu a voulu en nous proposant à travers son Fils Bien-aimé de ressusciter et d'entrer dans la gloire, non seulement notre âme mais aussi notre corps c'est que l'œuvre du salut consiste non seulement à nous faire entrer nous-mê­mes, personnellement, par notre âme, par l'aspect spirituel de nous-mêmes, en communion avec Lui, mais que notre corps devienne, dans cette commu­nion, le vecteur tout simple, naturel, glorieux, de cette communication. Et c'est cela le mystère de la résur­rection. C'est que "nous serons comme les anges" c'est-à-dire que notre corps sera la pure transparence de nous-mêmes aimant Dieu.

Un frère dominicain disait : "Peut-on imagi­ner Chopin sans un piano, Bach sans un orgue ? Ce n'est pas possible. Chopin avait pour corps non seu­lement des mains mais un piano. Et si Chopin n'avait pas eu de piano, ce n'aurait jamais été Chopin. Et bien quand on sera ressuscité, nous jouerons du corps glorieux. Notre corps sera à nous-même pour entrer en relation avec Dieu dans la même relation, si je puis dire, que le piano avec Chopin qui jouait des­sus." C'est-à-dire que, à ce moment-là, le corps sera l'artiste, le musicien qui, par la touche de l'instrument, fait que son cœur, son génie musical affleure dans les sons, dans la manière même dont il touche les notes. Et c'est pour cela qu'il ne faut pas que le piano ré­sonne comme une casserole ni que l'on tape dessus n'importe comment. Et précisément le génie de Cho­pin c'est que, quand il était en face d'un piano, le piano était comme le rayonnement de son âme et de son génie musical.

La résurrection sera le moment où tout notre être sera d'une transparence totale à ce point mystérieux et source de nous-mêmes par lequel nous entrons en communion avec les autres et avec Dieu Alors aujourd'hui, plus spécialement par l'intercession de sainte Elisabeth de Hongrie, demandons au Sei­gneur de nous faire comprendre ce qu'est la beauté et la grandeur de la résurrection et le fait que, dès ici-bas, nous soyons appelés par Dieu et par grâce à nous y préparer.

 

 

AMEN