NOUS, LES COURBÉS

Ap 2, 1-7 ; Lc 13, 10-17

(5 novembre 1992)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

A

u jour du Jugement, lorsque le Christ appa­raîtra sur la terre pour la dernière, dernière fois, afin de nous rassembler en un seul peu­ple, Il nous appellera, nous les courbés, nous qui avons le visage baissé vers la terre, et Il dira à l'hu­manité qui est en nous : "Femme, te voilà délivrée de ton infirmité !" Puis Il nous touchera, Il nous remplira de sa grâce. Et à l'instant même, nous nous redresse­rons et nous glorifierons Dieu.

L'évangile que vous avez entendu, la guérison de la femme courbée, un jour de sabbat, annonce le vrai jour du sabbat, ce jour qui n'aura pas de fin et qui est le jour du jugement et de la Résurrection finale. Non seulement le Christ a raison de guérir en ce jour-là, mais par ce même geste Il annonce un autre jour, le jour du redressement total de l'homme.

Il est curieux de constater que nos ancêtres, nos ancêtres dans la chair, ont déjà dû se redresser de la terre pour devenir "l'homo erectus" comme disent les scientifiques,"l'homme debout" qui annonce l'homme que nous sommes aujourd'hui. Toute l'his­toire de l'homme peut se résumer en un redressement, en un relèvement. Ainsi lorsque le péché nous courbe la tête, lorsque l'échine de notre être est cassée par la souffrance, par le péché commis ou subi, nous régres­sons dans l'ordre de l'humanité. Et il faut donc inces­samment que Dieu nous relève, nous relève de l'ordre infra-humain à l'ordre supra-humain pour que nous devenions vraiment les hommes qu'Il a voulus sur cette terre, pour que nous devenions vraiment ceux qui doivent manger de l'Arbre de vie. Car j'imagine que l'homme et la femme choisis par Dieu en ce pre­mier temps de la création du monde, étaient debout face à Dieu, pour recevoir de ses mains le fruit de l'Arbre de vie. Mais malheureusement, l'ayant volé et dérobé, ils ont baissé les yeux vers la terre et ont rem­pli leur visage de honte.

C'est pourquoi, à la fin de l'évangile, il y a ceux qui reconnaissent que Dieu veut sauver l'homme, veut le redresser, et ceux-là exultent et chantent toutes les merveilles que Jésus accomplit, tandis que l'autre partie, les hypocrites et les phari­siens sont pleins de confusion, baissent le visage et ne peuvent ainsi être relevés à leur tour.

Frères et sœurs, nous sommes pécheurs, mais parfois aussi nous sommes victimes du mal. Le mal comme le péché est ce qui courbe l'homme. Et comme le dit l'Ecclésiaste : "Rien de ce qui est courbé ne peut être redressé, rien de ce qui manque ne peut être compté", car rien dans l'action de l'homme ne lui permettra de se redresser par lui-même. Il faut donc ajouter une autre force, une autre intervention, un autre "toucher". Et ce toucher c'est celui de Dieu qui, comme pour la femme courbée, nous impose les mains. Alors nous pouvons, dès maintenant, nous redresser, marcher la tête haute pour lancer vers le ciel notre louange.

 

 

AMEN