LE ROYAUME EST PARMI VOUS
Ap 11, 1-12 ; Lc 17, 11-19
(12 novembre 1991)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
|
L |
a venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer car le Royaume de Dieu est parmi vous !" Conviction qui devait habiter le cœur de Josaphat pour avoir défendu avec tant de zèle l'unité de l'Église qui est le Royaume déjà présent au milieu des hommes. C'est pourquoi, dans l'Apocalypse, le Seigneur demande à l'ange de mesurer le temple de Dieu avec une baguette. Cela signifie la façon dont le Royaume de Dieu se rend déjà présent parmi nous. En effet, quand Dieu décide de mesurer une part, un enclos, un héritage sur la terre, c'est pour y marquer sa propriété, ce qui lui appartient, ce qui lui revient.
Toutefois, il est précisé qu'une partie de ce temple n'est pas mesurée et est laissée aux païens afin qu'ils puissent fouler ce parvis pendant quarante deux mois. Puis arrivent deux témoins, deux oliviers, deux flambeaux qui vont prophétiser durant mille deux cent soixante jours revêtus de sacs. Prophétisme de pénitence, flambeaux qui vont se tenir devant le Maître de la terre. Que ce soit Moïse ou Elie, les prophètes ou encore les deux apôtres Pierre et Paul, ils viennent dans l'enclos dessiné par Dieu sur cette terre qui est l'Église et le Royaume déjà présent, ils prophétisent en ce parvis afin de convertir les païens qui avaient foulé pendant quelque temps mais moins longtemps que l'annonce prophétique des deux flambeaux.
Le pouvoir de ces deux flambeaux est le feu qui jaillit de leur bouche, un feu qui dévore les ennemis, un feu qui est comme la Parole. "Et qui s'aviserait de les malmener périrait immédiatement !"
Or ce pouvoir n'est que provisoire puisque la Bête qui surgit de l'abîme et qui symbolise l'ultime combat entre le Mal et le Bien dont l'Église est le centre privilégié, viendra guerroyer contre ces flambeaux et contre de temple de Dieu et vaincra.
Voilà quelques traits de la façon dont le Royaume de Dieu est présent parmi nous. Si j'ai repris le texte de l'Apocalypse c'est pour essayer, à travers ce dédale de symboles, de retrouver un peu l'histoire même de notre Église. A la mort de l'évêque Josaphat, ceux qui avaient préparé le guet-apens pour l'assassiner se sont convertis.
Il y a donc une fécondité incroyable, même dans là mort de ceux qui ont défendu la foi, la mort des martyrs. Et de fait les deux témoins, les deux flambeaux et tous les témoins de l'Église, avec à leur tête Pierre et Paul, ont dans leur mort, gardé la fécondité même de la force de la Parole qu'ils avaient prophétisé auparavant. Et nous avons là le secret profond du Royaume. Même s'il est écrasé, même s'il est laminé, même s'il est vaincu, plus encore même s'il est vaincu et laminé, sa fécondité est plus grande.
C'est là la force de ce texte de l'Apocalypse qui quelques versets plus loin précise effectivement que "Dieu va infuser un souffle de vie qui les remet sur pied". Ensuite Dieu appelle, dans la nuée et fait monter vers Lui les deux témoins qu'Il avait envoyés dans le Temple. Ainsi trois étapes : un temps d'annonce, un temps de fécondité de la Parole puis un temps apparemment de défaite signifié par la Bête et enfin la Résurrection. La fécondité a atteint son terme puisque tous sont atteints par la Parole et retrouvent la vie et le Royaume de Dieu monte vers Lui.
Essayons d'avoir, quant à l'Église cette large perspective. L'Apocalypse raconte l'histoire de notre Église d'aujourd'hui, raconte la force qui est en train de germer à l'intérieur d'elle-même et dont nous sommes nous-mêmes les acteurs aujourd'hui. L'Église ne s'improvise pas une histoire qui chaque jour s'invente. Elle s'inscrit dans le dessein profond du cœur de Dieu, elle est le lieu de l'annonce de la Parole, elle demande notre vie pour que soit fécondée en elle la vie divine, afin que, comme une épouse immaculée, comme le dit la fin de l'Apocalypse, elle monte comme une Jérusalem nouvelle à la rencontre de Dieu.
AMEN