LES INVITÉS AU FESTIN

Ap 4, 1-11 ; Lc 16, 1-9

(5 novembre 1991)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

V

ous avez probablement bien compris cet évangile puisque ni vos bœufs, ni votre terre ni votre femme ne vous ont empêchés de venir ce matin partager le repas du Seigneur. Proba­blement parce que vous sentez, dans votre cœur, ce que l'un des convives a exprimé : "Heureux celui qui prendra son repas dans le Royaume de Dieu !" Et c'est ce bonheur-là, j'imagine, qui vous a conduits ce matin pour participer à cette eucharistie.

Il y a plusieurs façons de lire l'évangile. L'une d'elles qui me semble très intéressante, c'est de se mettre sous la peau de chacun des personnages que le Christ rencontre, chacun des personnages qu'il évo­que. C'est pourquoi aujourd'hui, chacun de nous peut méditer cet évangile du festin et de l'invitation très généreuse de Dieu envers tous les hommes à travers trois des personnages évoqués.

Les premiers ce sont ceux du refus. Ils ont été invités, ils ont reçu le carton, mais au moment où il fallait y aller, d'autres événements qu'ils ont jugés beaucoup plus importants se sont inscrits dans leur vie et se sont placés comme des obstacles majeurs à l'invitation de Dieu Lui-même. Et il y a dans notre vie ces refus-là.

Mais aussi nous sommes de ces gens que le serviteur va chercher au long des rues, des places et des trottoirs de notre ville. Nous sommes aussi parmi ces pauvres, ces estropiés, ces aveugles, ces boiteux c'est-à-dire ces hommes qui ne connaissent pas la santé totale, de vivre dans l'amour de Dieu, dans la joie de Dieu et dans la fidélité à son évangile. Et au­jourd'hui aussi, si nous sommes ici, c'est parce que malgré ou à cause de nos misères et de notre pauvreté, nous savons que Dieu vient nous donner une nourri­ture qui va combler notre cœur. Nous sommes des chrétiens du refus, mais nous sommes aussi des chré­tiens du désir de Dieu. Et heureusement, comme dans tout homme, nos désirs sont plus grands et plus forts que nos refus.

Mais nous sommes également le serviteur, c'est-à-dire que, étant déjà dans la maison de Dieu, étant déjà entrés, nous sommes aussi choisis pour être serviteurs de ce repas, non seulement serviteur à la table mais aussi serviteur qui court la campagne et les villes pour inviter tous les autres sans distinction au repas du Seigneur. "Va-t-en par les chemins et fais entrer tous les gens de force !" c'est-à-dire ne prends aucun critère de choix, mais ramène tout le monde de gré ou de force. Ils viendront bien un jour, se rendant compte de ce que contient l'invitation. C'est l'aspect missionnaire, apostolique du dîner.

Alors, aujourd'hui, que nous nous trouvions, que nous nous reconnaissions comme les hommes du refus, c'est vrai et nous en demandons pardon, que nous nous reconnaissions aussi comme ceux qui sont heureux déjà de prendre part au repas du Royaume de Dieu, et il faut en rendre grâces au Seigneur, et peut-être que la meilleure façon de le remercier c'est d'aller inviter tous les autres à venir partager ce bonheur et cette joie.

 

AMEN