L'HÉRITAGE
1 Th 4, 13-18 ; Lc 12, 13-21
(21 octobre 1991)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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'évangile que nous venons d'entendre n'est pas une simple négation de l'enrichissement. En effet, il ne dit pas qu'il ne faut pas s'enrichir mais il propose de s'enrichir en vue de Dieu. C'est une nuance importante, nuance qui nous permet de comprendre qu'il s'agit bien d'un texte sur l'héritage. Lorsque Jésus dit qu'il n'a pas été institué juge, c'est comme par ironie car Il est Celui qui va permettre aux hommes de recevoir le véritable héritage. Or qu'est-il ce véritable héritage ?
Quand on regarde l'évolution du mot héritage dans l'Ancien Testament, on voit que, au début de l'installation en terre promise, il désigne la part que la guerre permet d'avoir comme butin. Et dans les psaumes les plus anciens, lorsqu'il est question de part héritage, il s'agit d'une part que l'on a conquise sur l'ennemi, des villes, du bétail, des terres. Il s'agit de ce que l'on s'est approprié, de bien qui n'était pas le nôtre mais que l'on s'est approprié.
Progressivement, dans les prophètes et spécialement dans Isaïe, le mot héritage va désigner une autre relation car Dieu va, avec des attaches de tendresse, amener son peuple à comprendre que la terre qu'il lui a promise n'est pas seulement cette terre d'ici-bas mais qu'elle est la terre de la relation de Dieu avec son peuple. L'héritage est donc Dieu Lui-même. Israël est promis comme héritier de la promesse de Dieu comme Dieu Lui-même.
Dans cet évangile le véritable héritage dont il est question, c'est Dieu car nous avons hérité de la vie divine. Ainsi il s'agit bien de s'enrichir, mais nous sommes passés du vol, de l'appropriation d'un bien d'autrui, à une grâce. Il ne s'agit plus de s'approprier un bien qui n'est pas le nôtre mais de le recevoir gratuitement.
Ainsi nous avons à thésauriser mais à thésauriser cette vie divine. Nous n'avons pas à renoncer à nous enrichir mais à rechercher le véritable enrichissement qui fait de nous les cohéritiers de la vie divine. Et nous avons le devoir de gérer cet héritage. Non seulement pour nous-mêmes, pour notre vie éternelle, mais aussi pour ceux qui nous succèdent. Car nous transmettons aux autres la part d'héritage que nous avons non pas conquise mais reçue de Dieu, afin que cette vie divine s'étende jusqu'aux contrées les plus lointaines de la terre.
Frères et sœurs et cohéritiers du Père dans le Fils, nous sommes donc des héritiers en puissance de la vie divine. Acceptons que ce cadeau nous soit fait de façon permanente et quotidienne par les sacrements, par le sacrement qui donne totalement la vie de Dieu. C'est en cela que nous devenons ces héritiers, ces riches, non pas riches du monde mais riches du Royaume.
AMEN