SEIGNEUR, APPRENDS-NOUS A PRIER !

1 Th 2, 8-12 ; Lc 11, 1-13

(12 octobre 1991)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

A

la demande des disciples : "Seigneur, ap­prends-nous à prier !" Jésus, après un bref enseignement sous forme de parabole, leur donne la réponse véritable : "Priez le Père du Ciel et Il vous donnera l'Esprit saint !" Voilà dans ce bref dialogue sur l'apprentissage de la prière et sur ce qu'il faut demander, voilà un point capital que nous autres qui prions souvent ne comprenons pas assez. Nous avons, et c'est peut-être une des caractéristiques de la prière au plan naturel c'est-à-dire un peu païenne, celle qui monte du besoin de l'homme, nous avons un sens de la prière qui est de demander quelque chose. Nous pensons qu'il faut dire à Dieu ce dont nous avons besoin et ce que nous sommes. Or ceci, j'allais dire est inutile, car Dieu sait très bien qui nous som­mes, Il sait très bien de quoi nous avons besoin, il sait très bien le fond de notre cœur. Et lorsque nous nous présentons à Lui avec nos demandes, Il sait aussi que cela ne correspond pas finalement au plus profond de nous-même. Lorsque Jésus dit à ses disciples : "Quand vous priez, demandez l'Esprit saint !" c'est qu'Il sait très bien que le pain dont nous avons besoin, c'est l'Esprit Saint. D'ailleurs, lorsque les disciples voient Jésus prier, que demandait Jésus dans sa prière ? Rien du tout, rien. Il dit simplement à ses disciples ce qu'Il est, Lui. Il révèle à ses disciples l'offrande qu'Il est en train de faire au Père, pendant sa prière.

Car si vous avez remarqué les trois "deman­des", le mot n'est pas très juste, de la prière qu'Il donne aux disciples correspondent exactement aux trois traits essentiels de ce qu'Il est et de ce qu'Il fait sur la terre. Quand Jésus dit aux disciples : "Quand vous priez dites : "Que Ton règne vienne ! Que ton Nom soit sanctifié !" c'est Lui-même le Règne de Dieu, c'est Lui-même la sanctification du Nom de Dieu. Et ceci fait référence à sa divinité. Lorsque Jé­sus dit à ses disciples : "Demandez le pain de chaque jour !" c'est le mystère de l'Incarnation et de l'eucha­ristie. C'est que le Royaume de Dieu, le nom de Dieu se sont fait chair, se sont fait pain. Et lorsqu'Il dit à ses disciples de demander le pardon, qui nous délivre du mal d'ailleurs, c'est le mystère de la mort rédemp­trice du Christ : "Père, pardonne-leur !" et dans la mort du Christ nous sommes délivrés de tout mal.

Donc cette prière que Jésus donne à ses disci­ples ce n'est pas une formule, c'est Lui-même qu'Il donne. Non pas tellement pour que les disciples ré­pètent cela inlassablement, soit personnellement, soit collectivement, mais pour qu'ils deviennent cela même qu'ils demandent. Et c'est pourquoi toute prière vers le Père ne peut être faite que dans l'Esprit. Car toute prière vers le Père et la prière du Fils dans l'Es­prit, c'est l'ouverture de notre cœur à la vie trinitaire que le Christ est venu nous révéler, Lui, le Fils qui a pris chair par l'Esprit, Lui qui est mort dans la chair pour retourner vers le Père en envoyant l'Esprit de Pentecôte.

Ne nous trompons pas de prière. La prière du Notre Père, c'est celle-là même du Christ, c'est celle qui est le Christ, c'est celle que le Christ fait non pas en paroles mais en étant ce qu'Il est à la gloire de Dieu le Père. Et c'est cela qu'Il transmet à l'Église. Non pas une formule, non pas des demandes de façon opportune sur tel ou tel bien matériel, non. Mais la demande fondamentale qui nous fera entrer, comme des fils, dans la gloire du Père, c'est l'Esprit Saint.

Alors que ce rappel, que cet évangile, que cette eucharistie, que cette prière ensemble, que ce Notre Père que nous allons dire ensemble ne soit pas, en tout cas aujourd'hui et maintenant, une de ces ré­pétitions banales de formules que nous connaissons très bien mais que nous vivons très mal. Que ce Notre Père qui est inclus au cœur même de l'eucharistie, au cœur même de la chair du Christ livrée, au cœur même de ce pain sur lequel l'Église invoque l'Esprit Saint, ce n'est pas pour rien que la prière du Notre Père est là, il n'y en a pas d'autre, que cette prière du Notre Père nous rappelle vraiment que la prière ce n'est pas d'abord ce que nous disons, encore moins ce que nous demandons, mais c'est l'acceptation que nous faisons de toute notre vie du mystère de Jésus. Le règne vient en nous, le règne est notre nourriture. Cette nourriture nous purifie et elle nous délivre de tout mal.

 

 

AMEN