JÉSUS EST LA PAROLE
Ex 10, 21-29 ; Lc 4, 14-21
(19 septembre 1991)
Homélie du Frère Michel MORIN
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u début du ministère de la vie publique du Seigneur Jésus, Celui-ci, conformément à l'Écriture, se manifeste comme la Parole, comme la parole prophétique, une parole de bénédiction divine inscrite dans la puissance de l'Esprit saint qui a été signifiée à Israël lors du baptême de Jésus. Ainsi donc, avant tout miracle, avant tout discours, avant que Jésus ne donne les prémices de ce qui sera la vie sacramentelle de l'Église, avant sa mort et sa résurrection, Jésus se dévoile comme étant La Parole, ce que saint Jean appellera dans cette expression éblouissante : "Le Verbe s'est fait chair !" La Parole de Dieu dans la chair humaine devient pour toute chair bénédiction divine.
D'ailleurs quand l'apôtre Pierre, dans le récit des Actes des apôtres, approche pour la première fois des païens, c'est-à-dire le centurion Corneille et sa famille, ne dira-t-il pas, en reprenant quasiment ce passage de saint Luc : "Dieu a envoyé sa Parole aux fils d'Israël, leur annonçant la Bonne Nouvelle de la Paix par Jésus-Christ ! C'est Lui le Seigneur de tous ! Jésus de Nazareth, vous le connaissez, tout le monde sait comment Dieu l'a oint de l'Esprit saint et de puissance, Lui qui a passé en faisant le bien ! Voilà donc que cette Parole qu'est Jésus est inscrite comme une bénédiction dans la force de l'Esprit Saint."
Cette Parole qu'est Jésus jaillit de la terre, du terreau des multiples couches très riches de la sédimentation de l'histoire du salut dans l'Ancien Testament. C'est là que Jésus plonge ses racines. C'est pourquoi d'ailleurs Il s'attribue à Lui-même cette parole prophétique d'Isaïe. Le Christ, en tant que Parole de Dieu, ne peut être saisi, compris reçu et aimé qu'à l'intérieur même de la Tradition antérieure à Lui. Mais cette Parole qui porte fruit, qui pousse comme un arbre sorti de terre en la personne de Jésus, ne s'arrête pas à Lui. Elle va rejaillir du terrain, du terreau messianique de la chair de Jésus, elle va rejaillir dans l'Église. Ce qui fait que, aujourd'hui encore, nous ne pouvons comprendre le mystère de Jésus non seulement qu'avec la terre de l'Ancien Testament mais avec celle de la tradition ecclésiale. C'est pourquoi la place de la proclamation de Jésus comme Parole se situe au cœur même du signe écclésial par excellence qui est l'eucharistie. Cette eucharistie où la Parole que nous venons d'entendre, et celle-là va se faire chair, prolongeant ainsi, au-delà du temps de l'histoire et des limites des contingences du monde, prolongeant la Parole même que le Christ a dite dans la synagogue de Nazareth, ce que saint Jean appelait "Le Verbe fait chair !"
Mais lorsque Jésus dit être cette Parole prophétique de bénédiction divine, Il en désigne les fruits. S'Il est Parole, Il est Verbe, Il est semence et donc, dans cette logique-là, il y a des fruits. Et les fruits sont très bien exprimés : "Les pauvres sont évangélisés, les aveugles voient, ceux qui sont enchaînés dans le mal sont délivrés." Alors je crois que, pour nous aujourd'hui, il s'agit de recevoir toujours cette Parole prophétique qui se fait chair. Mais la meilleure façon de la recevoir, c'est non seulement de l'entendre, mais c'est de la vivre. Et nous verrons les signes précis de la fécondité de la Parole de Dieu, de la présence de son Royaume, non seulement si nous ouvrons l'œil pour voir si les pauvres sont évangélisés, si les prisonniers sont libérés, si les aveugles voient, mais nous verrons cela si, nous-mêmes, nous évangélisons les pauvres, si nous-mêmes nous rendons la vue aux aveugles, si nous-mêmes nous prenons notre part pour délivrer les enchaînés. Autrement nous serons spectateurs, c'est-à-dire un peu en dehors du mystère même de la Parole qui se fait chair. Car cette Parole qui se fait chair, elle se fait chair en nous. Et c'est par nous qu'aujourd'hui, toujours dans la grâce de la puissance de l'Esprit, elle portera ses fruits ou elle ne les portera pas.
Alors que cette Parole puisse non seulement retentir dans nos oreilles ou réjouir notre cœur, mais qu'elle puisse s'incarner dans nos gestes, dans nos décisions, dans nos engagements, dans notre regard pour que, de fait, à travers nous mais au-delà de nous, les pauvres soient évangélisés, les aveugles recouvrent la vue, que les boiteux marchent, que tout homme enchaîné puisse recouvrer la liberté. Il s'agit là, de fait, premièrement d'une approche spirituelle, mais une approche spirituelle ne peut jamais faire l'économie de ce qui est relationnel, de ce qui est humain, de ce qui est social. Alors que cette Parole de Dieu s'incarne vraiment en nous, qu'elle soit la force spirituelle de notre vie et qu'elle porte des fruits réels autour de nous, pour ceux-là même que Jésus vient de désigner comme étant ces plus pauvres, ces aveugles, ces enchaînés, mais dont nous découvrirons, en leur apportant ce que le Christ leur apporte, que vraiment Jésus est le Seigneur de tous les hommes. Et alors, non seulement sa bénédiction reposera sur Lui, mais nous deviendrons pour les autres bénédiction du Seigneur c'est-à-dire un don de bien.
AMEN