DEMEURER

1 P 4, 7-11 ; Lc 10, 38-42

(29 juillet 1991)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

U

n mot qui est cher à l"évangéliste saint Jean résumerait assez bien le problème que nous pose cette page d'évangile, bien que saint Luc n'emploie pas ce terme, c'est le mot de demeurer. Jésus n'avait pas où reposer la tête. Il allait et venait sans cesse en déplacement, pourtant Il a voulu demeu­rer dans telle ou telle maison, en particulier celle de Pierre et celle de Marthe.

Demeurer, ce n'est pas simplement passer, ce n'est pas s'arrêter un instant. Demeurer, c'est établir d'une façon stable sa présence. Demeurer, c'est une durée dans la présence. Jésus est venu demeurer chez Marthe et sa sœur Marie et leur frère Lazare. C'est un privilège extrêmement grand et profond pour Marie, Marthe et Lazare que Jésus ait voulu établir chez eux sa demeure. Et Marthe, prise par les soucis nécessai­res du service de l'accueil, de l'hospitalité, a omis cependant une chose importante. Elle ne s'est pas arrêtée pour demeurer auprès de Jésus ce que faisait Marie. Et c'est là, en quelque sorte l'erreur de Marthe, puisque Jésus venait demeurer chez elle, de n'avoir pas pris le temps de demeurer prés de Lui, c'est-à-dire de s'arrêter, c'est-à-dire de durer dans la présence au­près de Lui.

Il n'est pas question que cette page d'évangile reproche à ceux qui s'agitent pour le service leur acti­vité si nécessaire. Mais dans ses phrases, Jésus reven­dique l'importance plus grande encore de savoir pren­dre le temps de demeurer. Demeurer auprès de Lui, demeurer les uns auprès des autres. Car dans toute relation humaine une durée est nécessaire. C'est cette durée qui est si importante dans la vie conjugale entre les époux pour qu'ils puissent partager longuement cette présence mutuelle. Demeurer est aussi très né­cessaire de la part des parents auprès des enfants ou des enfants à l'égard de leurs parents. Il y a des en­fants qui ont l'impression que leurs parents sont tel­lement occupés d'autre chose pour des raisons profes­sionnelles ou apostoliques qu'ils n'ont pas le temps de les voir suffisamment. Demeurer c'est nécessaire dans toute relation humaine. On ne peut pas simplement effleurer la présence des autres. Il faut prendre le temps de rester avec eux, de partager une durée avec ceux que l'on connaît, ceux que l'on veut connaître, ceux que l'on aime, ceux que l'on veut aimer.

Le Christ est venu pour demeurer parmi nous, pour établir sa demeure chez les hommes. Il est venu pour que nous demeurions avec Lui dès maintenant afin de pouvoir demeurer éternellement auprès de Lui. C'est cette durée, cette longueur dans le temps, dans la présence mutuelle, que le Christ a voulu manifester en s'arrêtant chez Marthe et à la­quelle Il nous invite. Prendre le temps d'être présent au Christ comme Il prend le temps d'être présent à chacun d'entre nous, comme nous devons prendre le temps d'être présent à chacun de nos, frères. La durée dans la présence est ainsi une chose essentielle à notre vie spirituelle comme à notre vie humaine. Nous ne pouvons pas avoir une relation profonde avec le Christ si nous ne prenons pas le temps de demeurer avec Lui pour qu'Il puisse, Lui aussi, établir sa demeure en nous.

En ce temps de vacances où nos horaires sont sans doute un peu différents de ce qu'ils sont dans l'année, essayons de trouver des plages de temps pour demeurer les uns avec les autres et pour demeurer, plus particulièrement seul avec le Christ, afin que puisse se creuser cette présence mutuelle entre Lui et nous, entre nous et nos frères Que nous ne soyons pas simplement des gens de passage, toujours pressés, mais que nous sachions prendre du temps, donner du temps.

 

AMEN